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[Besançon] La répression d’État continue plus d’un an après l’action contre la sélection en master ! Rassemblement devant la fac de lettres mercredi 2 mai à 13h30

[Texte lu lors de l’Assemblée Générale de la fac de lettres de ce mercredi 25 avril. Une motion de soutien et un appel à se joindre au rassemblement ont également été votés.]

La répression d’État continue plus d’un an après l’action contre la sélection en master !

2ème volet – l’État n’en a pas fini avec son acharnement : après les comparutions du 8 mars dernier, six personnes doivent comparaître devant le tribunal correctionnel pour l’occupation du conseil d’administration de l’université du 14 février 2017. Les chefs d’inculpation vont de « dégradations en réunion », « rébellion » jusqu’à « séquestration » pour trois d’entre eux. Leur but était alors d’empêcher les directions d’universités de voter, dans l’ombre des salons, le renforcement de la sélection en master.

Ainsi, la procureure générale de Besançon, Edwige Roux-Morizet, s’acharne à vouloir traîner devant la justice plusieurs personnes ayant participé à cette action. Au moment des faits, elle avait qualifié les occupant.e.s de « terroristes » : pourtant, ce type d’action s’est (re)produit dans d’autres universités à la même période et n’a non seulement pas été qualifié de « terroriste » mais n’a, de plus, pas été réprimé avec la même violence, ce qui prouve le caractère disproportionné de ce procès. Comble de l’ignominie et de la mythomanie, la procureure avait osé parler d’une direction « séquestrée » et d’un élu du Conseil d’Administration « molesté », versions contredites par de multiples témoignages d’autres membres présent.e.s.

Cette répression judiciaire n’aurait pas eu lieu si plusieurs membres du conseil d’administration présent.e.s ce jour-là n’avaient pas porté plainte. En effet, aux côtés d’autres membres du conseil d’administration tel.le.s que la vice-présidente Woronoff ou encore Frédéric Muyard, André Mariage, le doyen de la faculté de lettres, s’est empressé. de déposer plainte contre ses propres étudiante.s, en étant parfaitement conscient des suites judiciaires que ça engendrait au vu de la situation (comme par exemple, la surexposition médiatique de l’affaire).

Cette action du 14 février 2017 s’inscrivait alors contre la logique de tri social à la fac. Tandis qu’aujourd’hui, un mouvement social de grande ampleur secoue de nombreuses universités pour ces mêmes raisons, il s’agit, pour l’État, de justifier non seulement le battage médiatique orchestré par la procureure à grands coups de déclarations sensationnelles, mais aussi d’entraver la lutte actuelle à l’université.

Quand l’État s’acharne sur certain.e.s d’entre nous, c’est l’ensemble du mouvement qui est ciblé !

Bien que la comparution de ce 2 mai à 13h30 ait été reportée, rassemblons-nous devant la faculté de lettres rue Mégevand, même jour même heure, pour pointer la responsabilité de cet acharnement judiciaire de la part des membres du conseil d’administration de l’UFC, et notamment celle du doyen de l’UFR SLHS, André Mariage.

Restez informé.e.s quant à la date de la prochaine comparution !

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[Besançon] Occupation et blocage à la fac de lettres – Retours sur la lutte contre le tri social à l’université

Depuis le 1er février 2018, première journée de grève nationale lancée par la Coordination Nationale Etudiante, la mobilisation contre la sélection sociale à l’université ne cesse de s’amplifier partout en France.

A Besançon, cette première journée a été organisée dans la précipitation. Pourtant, entre 80 et 100 personnes se sont rassemblées devant le rectorat. Bien qu’il n’y ait pas eu de manif, de puissants slogans ont retenti sous les fenêtres de celles et ceux qui décident de notre avenir et bien que nous estimions complètement inutile d’aller discuter au rectorat, une délégation composée de syndicats (notamment avec le syndicat étudiant AMEB) a été reçue par le recteur : celui-ci, sans honte, n’a pas hésité à lâcher un laconique : « la fac de lettres est un débarras où les élites n’osent pas mettre leurs enfants ».

Mardi 6 février, nouvelle journée de grève dans le supérieur. Un gros cortège part de la fac de lettres en direction du rectorat. Le rassemblement réunit plus de 150 personnes devant le rectorat.  Une banderole affirmant « Contre leur fac réservée… aux riches ! Pour une fac libre et autogérée. Soyons réalistes, demandons l’impossible » est suspendue aux grilles du bâtiment. Quelques prises de parole syndicale ont lieu, mais plutôt que de rester statique, un manifestant intervient pour proposer un départ en manif. Le cortège s’élance en scandant : « Sélection piège à cons», « Facs fermées aux intérêts privés, facs ouvertes aux enfants d’ouvriers ! », « le savoir n’est pas une marchandise, l’université n’est pas une entreprise » ou encore « Besac debout, soulève-toi ! » et prend des directions contraires à celles anticipées par la police, ce qui a le don d’énerver les flics. Un fourgon de police démarre en trombe et contourne dangereusement le cortège en roulant sur le trottoir et en étant à deux doigts de renverser un manifestant. Le fourgon se barre sous les huées et des « tout le monde déteste la police ». Malheureusement, la tension redescend très vite et le cortège continue sa route en direction du lycée Pasteur, en pensant rameuter quelques lycéen.ne.s : à notre grande déception, peu d’entre elles/eux sont réceptif.ve.s aux slogans contre la réforme du Bac et la mise en place de la sélection à l’université. La manif s’arrêtera là.

Jeudi 8 février se tient une nouvelle assemblée générale à la faculté de lettres qui vote l’appel à la grève pour mercredi 14 février, un an après la répression contre 19 personnes ayant occupé et bloqué le conseil d’administration de l’université de Franche-Comté.

Mardi 13 février, près de 80 personnes prennent part à l’assemblée générale. L’appel à la grève est prolongé au 15 février et le blocage du bâtiment Mégevand est acté à une grande majorité pour les 14 et 15 février, tout comme l’occupation de l’amphi Donzelot. Un autre événement a certainement motivé l’ensemble des personnes à bloquer dès le 14 février, outre l’envie de marquer le coup en souvenir du 14 février 2017 : la tenue d’une conférence organisée par l’Université Ouverte sur la réserve de la gendarmerie le même jour à 18h à l’amphi Cloché, avec la venue d’un gradé de la gendarmerie de Besançon.  Une banderole sera d’ailleurs suspendue juste au-dessus de l’amphi : « Rémi Fraisse, tué par les gendarmes en octobre 2014 à Sivens – Ni oubli ni pardon – Flics gendarmes assassins ».

Dès mardi soir, près d’une quarantaine de personnes se retrouvent amphi Donzelot pour cette première nuit d’occupation afin d’organiser le blocage. Toutes les portes des bâtiments Mégevand sont bloquées avec tables et chaises, ainsi qu’avec du matériel de chantier éparpillé un peu partout. Des banderoles sont accrochées sur la façade donnant sur la rue Mégevand : « 14 février : 1 ans après – on n’oublie rien, on ne pardonne rien – en master comme en licence, à bas la sélection » mais aussi « aux frontières comme à la fac, refusons le tri macroniste ».

Le lendemain matin, un membre du personnel pète les plombs lorsqu’il constate qu’il est impossible d’accéder au bâtiment. Sa conscience de travailleur docile le pousse à forcer les barricades et à exploser une porte vitrée du bâtiment D. Quelques personnes tiennent un piquet de grève devant l’entrée principale en diffusant des tracts et en informant de la situation pour la journée et le lendemain. Un tract expliquant les raisons du blocage est affiché sur la porte principale [cf en fin d’article]. Beaucoup d’étudiant.e.s sont énervé.e.s en voyant barricades et portes bloquées, mais celleux-ci, après quelques minutes de discussion, finissent par comprendre la situation catastrophique que ces dernières réformes gouvernementales vont engendrer. Si certaines rentrent chez elles, d’autres décident d’aller à la réunion d’information qui a lieu à 10h à l’amphi occupé. Bien que l’on puisse penser qu’il s’agisse d’une AG étant donné le nombre important de personnes présentes (plus de 150), cette réunion n’est pas décisionnelle. Il s’agit surtout d’ouvrir un espace pour l’échange et la discussion.

Pour la deuxième nuit d’occupation, il y a un peu moins de monde mais les gens sont toujours déterminés. Alors que les barricades aux entrées du bâtiment Parisiana sont renforcées, les occupant.e.s décident de bloquer le bâtiment Hérodote situé juste en face. Deux banderoles sont suspendues à la façade du bâtiment donnant sur la rue : « Delenda Est Societas Macronis » [« Il faut détruire la société de Macron »] et « Si la fac te prend plus, prends la rue ! ». La première banderole est écrite en latin en référence à la menace qui pèse sur les options à petits effectifs, au collège et au lycée comme à la fac.

Contrairement à la veille, le blocage pour cette journée de grève nationale du 15.02 est bien plus solide. Un tract est diffusé, appelant à l’AG prévue à 10h pour discuter et décider des suites du mouvement (cf en fin d’article). Plus de 200 personnes y prennent part et les discussions portent une nouvelle fois sur les contenus des lois (réforme du bac, parcoursup, plan Etudiant, loi ORE…). Il est décidé de la levée du blocage pour ce vendredi (dernier jour avant les vacances) à quelques voix près (une majorité d’abstention). Pas mal de personnes mobilisées depuis le début sont très fatiguées et des tensions apparaissent quant aux « dégradations », à savoir des tags inscrits dans l’enceinte de la fac occupée. Mais on retiendra les quelques prises de parole venues recadrer le rôle de l’AG, qui n’a pas vocation à s’ériger en juge, à condamner certaines formes d’action, que les tags sont une manière de se réapproprier la faculté, de la décorer, de reprendre la parole et de contester la censure de l’administration. A celles et ceux qui pensent que ces inscriptions sauvages dégradent davantage les locaux, nous répondons au contraire qu’elles les rendent un peu moins tristes. Certains d’entre eux disaient notamment : « Des profs pas des flics », « Université libre », « Nous ne sommes rien soyons fous », « Plutôt l’émancipation que la sélection (et la soumission) », « Les murs prennent la parole », « Fac libre accessible à tou.te.s » … D’ailleurs, il est plutôt intéressant de voir que ces personnes qui critiquent cette forme d’action n’ont absolument rien à proposer. Aucune action n’a été proposée en dehors des murs de la fac à l’issue de ces nombreuses AG et discussions. Aucune manif n’a eu lieu depuis le 6 février et il serait bien temps que ça change. On remarque par ailleurs qu’une grande partie des profs qui se disent opposés aux réformes en cours ne se mettent pas en grève et maintiennent leurs cours lorsque ceux-ci ne se tiennent pas dans les bâtiments bloqués.

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On a toutes et tous remarqué que le blocage a permis aux gens de s’impliquer concrètement dans le mouvement, de faire respecter la grève, loin des contraintes des cours et du flicage mise en place par la grande majorité des profs et l’administration concernant l’assiduité aux cours. Il n’y a rien de pire qu’un « retour à la normale » et qu’une semaine de vacances pour casser une dynamique active de lutte. Nous pouvons voir ces deux premières journées de blocage comme un avant-goût de ce qui peut se passer par la suite. Comme dans de nombreuses facs (Paris I, VIII et XIII, Rennes II, Lille, Poitiers, Nantes, Toulouse Le Mirail, Montpellier…), ce mouvement tend à s’amplifier en vue des journées de grève des 15 et 22 mars prochain !

A la fin de l’AG a été votée l’occupation de l’amphi Donzelot et fixée la prochaine AG au mardi 27 février à 12h au même endroit. On s’est laissé une journée après les vacances pour diffuser des tracts d’appel à cette AG, en espérant que la mobilisation soit au rendez-vous. On ne relâchera pas la pression face à la politique du gouvernement Macron qui impose sa logique de l’université Start-Up qui n’est accessible qu’aux personnes les plus fortunées et qui axe les débouchés professionnels sur la rentabilité économique et la répression, à savoir les forces de l’ordre (armée, police et gendarmerie), les nouvelles technologies et l’industrie lourde, ainsi que les jobs de plus en plus précaires (Deliveroo, Uber…) où l’exploité.e devient son/sa propre exploiteur.euse avec toutes les conséquences que cela entraîne.

A suivre…

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Tract diffusé en début de matinée jeudi 15 février:

En marche contre le tri social à l’université !

Plan Etudiants (ORE), ParcoursSup, réforme du BAC… Ce sont autant de réformes en voie d’adoption, relativement difficiles à comprendre pour la majorité d’entre nous, entre la manipulation du gouvernement et la désinformation médiatique… Et pourtant, toutes rentrent dans la même logique d’offensive du capital contre nos vies, amorcée depuis plusieurs années déjà (Processus de Bologne, LRU, LMDE, Loi Fioraso…). C’est bien la majorité des (futurs) étudiants et de tous ceux qui font vivre l’université qui vont subir de plein fouet ces dernières mesures gouvernementales.

La sélection à tous les niveaux

En prenant pour prétexte le baby-boom des années 2000 et la hausse prévue du nombre d’étudiants de ces dernières années, l’Etat saisit l’occasion de rendre notre avenir encore plus incertain. Avec la loi Vidal, il s’agit d’établir une sélection toujours plus accrue concernant l’accès à l’université. Concrètement, la sélection à l’entrée à l’université, ça signifie une faculté de plus en plus réservée aux plus riches. Elle se fera sur la base des « attendus » fixés pour chacune des formations avec des critères tels que : les cinq derniers bulletins de note, lettre de motivation, notes au bac de français ou l’investissement associatif. Tout est mis en place afin que le futur étudiant se conforme aux exigences impitoyables du monde du travail. On le contraint à se vendre pour accéder au savoir universitaire. Le but est clair : dégager ceux n’ayant pas de « projets professionnels » et les jeter directement dans les mailles de l’exploitation capitaliste.

Le gouvernement ne compte pas s’arrêter là. Comble du cynisme, il compte désormais organiser un tri social et élitiste dès la fin du collège, en forçant les futurs lycéens à « choisir » leur orientation professionnelle en fonction de leurs résultats. La réforme du Bac, qui ne sera plus national mais territorial, va davantage accentuer les inégalités, établissant ainsi une hiérarchie entre ceux des centre-ville et ceux estampillés « REP » !

Début de mobilisation qui ne demande qu’à s’amplifier

Jeudi 1er février a marqué le début des hostilités contre ces nouvelles lois du gouvernement : plusieurs dizaines de lycées et de facultés sont bloqués et plusieurs milliers de personnes manifestent partout en France (Caen, Paris, Poitiers, Nantes, Rennes, Brest, Toulouse, Montpellier, Marseille, Lyon, Dijon, Besançon…). Une nouvelle journée de grève et de manifestation est prévue pour ce jeudi 15 février. Il est plus que temps d’amplifier le mouvement, de s’organiser dans chaque fac et lycée en AG (ou autres) afin de marquer un coup d’arrêt au rouleau-compresseur du profit et de l’élitisme en marche.

Pour une université libre et émancipatrice !

A l’heure où l’Etat compte, sans honte, commémorer les « événements de mai 68 » en cherchant à les récupérer et à les enfouir dans le passé, montrons-lui que son esprit de révolte et d’émancipation sociale est plus que vivant ! Comme pour la société en général, nous luttons pour une université libre et émancipatrice, sans hiérarchie et autogérée, pour le bien de tous et non pour les intérêts d’une minorité concentrant toutes les richesses.


Des années de galère à la fac de lettres

Depuis plusieurs années, on ne compte même plus les suppressions de postes, la généralisation du précariat (travailleurs payés une misère, éjectables à tout moment), les fermetures de filières et les classes surchargées, la hausse des frais d’inscription, l’augmentation du prix du ticket-repas du Resto-U de 0.50 euros en huit ans, la baisse de l’attribution des bourses et la diminution de leur montant (la fac de lettres est celles où le taux d’étudiants boursiers est le plus élevé !)… Et s’il fallait évoquer l’insalubrité des locaux et des conditions de vie et d’étude indignes et désastreuses (comme par exemple le fait de manger par terre dans les couloirs lorsqu’on ne veut pas consommer les merdes du Resto U ou renflouer les caisses des banques en se mettant au diapason IZLY), on pourrait rédiger un mémoire. Ces nouvelles lois viendront donc renforcer les inégalités existantes

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Affiche collée sur les portes de l’entrée principale du site Mégevand mercredi 14 février 2018:

Pourquoi bloquer la fac ?

Nous voyons le blocage comme un moyen nécessaire pour se mettre en grève active. Bloquer sa fac ou son lycée, c’est rendre possible la grève, en permettant à chacun de ne pas subir les pressions des professeurs, des notes et des partiels et en rendant possible l’organisation concrète de la lutte. Voici quelques contre-arguments à destination de ceux qui s’opposeraient au blocage :

« C’est vrai, ça ne leur suffit pas de passer dans les amphis, nous déranger en plein cours… Moi, ça ne me concerne pas… Ils sont vraiment chiants ! »

Nous sommes peut-être chiants, ça, on ne dit pas le contraire, mais c’est dans l’intérêt de tous. D’abord dans toutes les facs en France, aujourd’hui, les étudiants mobilisés bloquent les accès aux cours ; et depuis jeudi 1er février, la mobilisation des étudiants ne fait qu’augmenter !!! L’idée, c’est d’informer tous les étudiants des réformes en cours. Parce qu’entre la réforme du Bac, la mise en place de la plate-forme ParcoursSup avant même qu’elle soit votée, le Plan Étudiant ou plus globalement les attaques contre le monde universitaire (sur l’autonomie ou la fusion des universités), c’est aux moins privilégiés que l’État s’en prend, en réservant les études supérieures aux plus riches. Pourquoi ? Parce que d’abord, cela veut dire la dévalorisation totale du Bac (permettant l’accès à l’université pour tous ceux ayant obtenu le bac, peu importe la filière), ce qui se traduit par une inégalité entre les diplômes suivant les régions, et donc des lycéens et étudiants. Ensuite, c’est la professionnalisation : le fait d’adapter la formation aux besoins des entreprises locales. De plus, c’est l’individualisation des cursus avec la mise en place d’un cursus « à la carte ». C’est la fin pure et simple d’un minimum de cohérence pédagogique. Et enfin, il est question de supprimer le système de compensation entre semestre, ce qui rendrait encore plus incertain l’obtention des bourses et notre avenir après la licence (car la sélection, c’est aussi en master!).

« C’est dégueulasse, moi j’ai un partiel dans la semaine et c’est mon dernier cours avec ce prof là !!! »

Ben… c’est pas grave ; De toute façon toute la promo est dans ta situation !!! Il vaut mieux que personne n’assiste au cours et dans ce cas, il n’ait pas lieu ; plutôt que quelques étudiants y assistent et que les autres soient pénalisés, non ???

« En plus, c’est carrément pas démocratique ! ! ! Ils nous empêchent d’aller en cours ! ! Sans nous laisser le choix. »

Parce que pondre des réformes qui remet en cause l’égalité entre les étudiants et mettent à mort l’université, c’est laisser le choix ? Aussi, pour choisir il faut d’abord peser le pour et le contre, non ? Pour peser le pour et le contre il faut au moins savoir ce qu’il y a dans la balance et donc être informé… !! Ce n’est pas choisir que d’aller en cours, en menant la politique de l’autruche…

« C’est cool que vous bloquiez… Chui contre les réformes mais j’arrivais pas à me décider à faire grève. C’est pas toujours simple de prendre la responsabilité de louper des cours quand on a la pression des examens, des parents, etc… Enfin, je vais pouvoir venir à l’AG discuter un peu… « 

Enfin si on bloque, c’est parce qu’on défend des acquis et qu’on pense qu’il est de notre responsabilité à tous de nous mobiliser pour l’abrogation de ces lois qui renforcent les inégalités et qui entérinent définitivement l’accès à la fac réservé à une élite (sociale, culturelle et économique). C’est notre avenir à tous qui est en jeu. Plusieurs centaines de grévistes ne suffiront pas à contraindre le gouvernement, alors…

Tous en grève !!!


Le 14 février, une date particulière :

Si nous nous positionnons en faveur du blocage à partir de ce mercredi 14 février, c’est notamment parce qu’il y a un an, jour pour jour, dix-sept d’entre nous ont fini en garde-à-vue de 24h (48 heures pour deux autres) pour s’être opposés à la sélection en master : après avoir fait irruption en plein conseil d’administration de l’université qui s’apprêtait à voter cette mesure, le président de l’Université de Franche-Comté Jacques Bahi, a  immédiatement fait appel à la police qui, comme il se doit, a usé de la force physique et psychique pour les expulser. Lors de cette occupation, le doyen de l’UFR SLHS, André Mariage, s’est montré particulièrement agressif à l’encontre des personnes occupantes, n’hésitant pas à les insulter et à porter plainte contre elles (notamment pour « séquestration ») : bien qu’il la retirera quelques jours plus tard, il ne s’est pour autant ni excuser ni remis en question. Pire, il a traîné devant le conseil de discipline de l’UFC un étudiant en lutte, qui a écopé de deux ans d’exclusion avec sursis. Bloquer la fac est donc un des moyens à notre disposition de lui rappeler que nous n’oublions absolument rien de sa collaboration active avec la répression.

[Besançon] Résumé de la manifestation du 12 septembre

C’est sous la pluie que près de 2000 personnes se sont rassemblées le 12 septembre à Besançon pour manifester notamment contre la loi travail XXL d’Emmanuel Macron. Localement, de nombreux syndicats du public et du privé étaient présents, même ceux n’appelant pas à la grève au niveau national.

Le cortège, compact et animé, a commencé par bloquer le tram Place de la Révolution, avant de sillonner le centre et de ponctuer son avancée par des slogans, des distributions de tracts et… de la peinture. Quelques banques, agences immobilières ou locaux administratifs ont subi – de façon méritée – les assauts de quelques bombes… de peinture ! Les distributeurs étant – étonnamment ?! – protégés par un membre, voire plusieurs, de la milice du capital, à savoir… la police nationale.
Cette manif s’est terminée sous le soleil, à voir pour les prochaines… car la rentrée sociale s’annonce chargée !
Toutes et tous uni.e.s contre Macron et ses sbires, pour abattre le capitalisme et construire une société libertaire et solidaire !

 

 

[Besançon] Répression à l’université : Les deux derniers inculpés pour l’action au conseil d’administration libérés ! [Mise-à-Jour 16 février 2017]

Mise-à-jour jeudi 16 février 2016:

Vers 13h, les deux derniers camarades arrêtés ont été libérés, après 48h de garde-à-vue. Celle-ci a été prolongée pour le motif de « violence sur agents ». Toutes les personnes inculpées sont ressorties libres sans contrôle judiciaire mais pour certaines d’entre elles, des convocations chez les flics sont malheureusement à prévoir.

L’AG de ce midi a voté pour les démissions du président de l’UFC Jacques Bahi et du doyen de la faculté de lettres André Mariage: ces deux représentants de la bureaucratie universitaire, qui sont les premiers responsables de l’austérité à la faculté de lettres, ont déposé de nombreuses plaintes et assurent des conseils disciplinaires aux étudiantEs effrontéEs qui osent lutter contre la mise à mort de l’UFR SLHS. Pour vendredi 17 février, un appel à la grève a été lancé parmi les profs et une manif est prévue pour 10h dans la cour du bâtiment de la faculté des lettres.

Faisons bloc contre la répression! Solidarité avec touTEs les inculpéEs !

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Hier, mardi 14 février, 19 camarades (et non 18) ont mené une belle action : empêcher le conseil d’administration de l’université de voter la mise en place de la sélection à l’entrée en master. Cette mesure n’avait pas été débattue avec les étudiant.e.s, presque pas informé.e.s. Le but de l’action était de retarder ce vote pour que le débat ait lieu. Le CA ne s’est pas tenu, bravo aux camarades !

Mais une victoire contre des salauds, appelle souvent une réponse dégueulasse. Mr Bahi et ses sbires se sont montrés vicieux, malhonnêtes, et la police s’est fait un plaisir de tabasser et d’embarquer nos camarades. Aujourd’hui les 19 camarades ont encore passé toute la journée dans les cachots de l’état policier. En fin d’après-midi, certain.e.s d’entre elles et eux ont été libéré.e.s après 24h d’enfermement nauséabond, au milieu de ces mauvaise fréquentations que sont la flicaille.

Mais la garde à vue de deux de nos camarades a été prolongée à 48h, sous prétexte qu’ils seraient « les meneurs ». En réalité, parmi les 19 militant.e.s arrêté.e.s, on pouvait compter exactement 19 meneurs. S’organiser sans chef.fe.(s), voilà qui déroute les instances autoritaires de l’université, de la « justice » et de la police ! Mais qu’à cela ne tienne : ils en inventent…

Deux de nos camarades sont toujours enfermés ! Nous poursuivons notre mobilisation de soutien devant le commissariat de la gare d’eau. Rendez-vous dès 8h, comme hier.

Deux qui restent enfermés, c’est deux de trop !

Nous exigeons la libération immédiate de nos deux camarades injustement détenus,
le retrait de toute sanction, judiciaire ou universitaire,
et la démission de l’infâme Bahi.

[Besançon] Répression à l’université : Liberté pour nos camarades !

Plusieurs personnes ont annoncé qu’elles seraient présentes ce jeudi 16 février 2017 dès 8h devant le commissariat de la Gare d’Eau. Une AG se tiendra à 10h à la fac puis nous y rejoindra.

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Liberté pour nos camarades !

Ce mardi 14 février, le conseil d’administration de l’université devait voter la sélection à l’entrée en master (impliquant un renforcement de la compétition et un lourd désavantage pour les étudiant’s précaires).

Une vingtaine de nos camarades, en grande partie membres de l’AMEB Solidaires Étudiant-e-s, ont décidé de bloquer le conseil d’administration de l’université, pour obtenir un report du vote et avoir le temps d’informer les étudiant’s sur le danger d’une sélection en master.

Cette action, déterminée mais pacifique, a dégénéré de la part de la police. En effet, c’est une quarantaine de CRS en tenue de combat qui sont venu’s déloger vingt étudiant’s dépourvu’s d’intentions belliqueuses.

Nos camarades ont trouvé un accord avec la police pour sortir des locaux dans le calme… mais ont en fait subi, très gratuitement, une violente charge policière. Après un déluge de coups de matraque, iels ont été menotté’s, emmené’s au commissariat et placé’s en garde à vue.

Des plaintes abusives pour séquestration ont été déposées à leur encontre, alors que c’est la direction elle-même qui a « séquestré » le CA, en l’enfermant dans sa propre salle de conseil ! Ainsi que des plaintes pour « rébellion » envers deux personnes qui ont osé se défendre à mains nues contre les matraques…

Un rassemblement de soutien s’est aussitôt mis en place devant le commissariat, et 70 personnes (dont un membre du CA, choqué de découvrir la violence policière) ont clamé, pendant plus de trois heures, leur solidarité avec les enfermé’s et leur refus des méthodes policières.

Nous exigeons la libération immédiate de nos camarades, l’abandon de toutes les poursuites engagées à leur encontre, et la démission de la présidence de l’université.

Nous appelons à poursuivre cette mobilisation de soutien, par un rassemblement dès demain matin. Rendez-vous
ce MERCREDI 15 FÉVRIER à 8h
devant le commissariat de la gare d’eau

 

***** (communiqué de l’AMEB) *******

Communiqué de l’AMEB Solidaires étudiant-e-s suite à la mise en garde à vue de camarades membres ou proches du syndicat.

Liberté et abandon des poursuites envers nos camarades !

Aujourd’hui devait se tenir le Conseil d’Administration devant voter la sélection à l’entrée en master (impliquant un renforcement de la compétition entre élèves, un désavantage envers les précaires…) ; en bref, la fin d’une université ouverte à tou-te-s.

Une vingtaine de nos camarades, proches ou membres de l’AMEB Solidaires Étudiant-e-s, ont alors décidé de bloquer le CA, pour obtenir un report du vote et permettre d’informer les élèves sur le danger d’une sélection en master.

Cette action, qui se voulait pacifique et non-violente, et qui n’avait pour but que la lecture d’un communiqué et la non-tenue du CA, a dégénéré à l’arrivée des policiers, appelés par la direction de l’Université.

Nos camarades ont alors subi de fortes violences policières, et ont été sortis menottés de la salle du conseil avant d’être emmenés en garde à vue, alors qu’ils et elles demandaient simplement le report du CA.

Pire : des plaintes pour séquestration ont été déposées à l’encontre des militant-e-s, alors que ce fut la direction elle-même qui séquestra le CA, en l’enfermant dans sa propre salle de conseil ! Ces plaintes sont abusives.

Nous exigeons la libération immédiate de tou-te-s nos camarades, et l’abandon de toutes les poursuites engagées à leur encontre.

Militer pacifiquement pour une université de qualité et ouverte à tou-te-s ne doit pas être un crime !

Nous revendiquerons encore et toujours une université publique, gratuite, critique et populaire !

Pour l’Université: 11 décembre, rassemblement et manifestation

relayé depuis: http://syndicatameb.wordpress.com/2014/12/08/11-decembre-rassemblement-et-manifestation/
GEL DE POSTES SANS PRÉCÉDENT À L’UFC !

Depuis le passage aux « Responsabilités et Compétences Élargies », le bilan de la situation financière de l’ESR est accablant. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour dénoncer cette situation.

L’annonce du gel de 11 postes à l’UFC, dont 7 en SLHS, en flagrante contradiction avec la lettre co-signée par le Président il y a deux ans, témoigne des difficultés considérables que rencontre notre université pour remplir sa mission de service public.

Pourtant, depuis cette rentrée, on constate un accroissement des effectifs de l’ordre de 15 % en 1ère année, et de 20 % dans certaines disciplines. D’ailleurs, pour faire face à l’afflux d’étudiant-e-s dans certaines filières (comme la psycho), la présidence envisage la mise en place d’une sélection à l’entrée par tirage au sort !

Cette logique austéritaire, appliquée depuis des années, a des conséquences désastreuses pour nos conditions d’étude et de travail : réduction des volumes horaires, filières menacées de suppression, amphis surchargés, navettes forcées entre Dijon et Besançon suite à la mutualisation de certaines formations, etc.

Si nous ne réagissons pas, cette situation ne fera qu’empirer : le budget 2015 pour l’Enseignement supérieur et la recherche a encore été amputé de 160 millions d’euros !


Contre les violences policières et la répression des mouvements sociaux

Suite à la mort de Rémi Fraisse, la mobilisation contre les violences policières ne faiblit pas et continue de s’organiser dans les universités (plus de 1000 étudiant-e-s et personnels à chaque AG à Toulouse) et dans la rue (une vingtaine de manifestations dans toute la France samedi 22 novembre).

Les assemblées générales du 20 et 27 novembre, qui ont rassemblé des étudiant-e-s et enseignant-e-s de l’UFR SLHS, ont souligné la nécessité d’articuler la lutte contre les mesures d’austérité à l’Université avec la mobilisation contre la répression du mouvement social, qui sont deux pans d’une même politique au service des intérêts privés.

Pour s’opposer à ces mesures et organiser la mobilisation, l’assemblée générale du 27 novembre, soutenue par l’AMEB-Solidaires Etudiant-e-s, SUD Éducation, le SNESUP-FSU, la FERC-SUP CGT et l’UNEF, appelle l’ensemble des étudiant-e-s, enseignant-e-s, et personnels de l’université à participer à la

JOURNÉE D’ACTION

JEUDI 11 DÉCEMBRE :

 

10h00 RASSEMBLEMENT COUR SLHS

 14h00 MANIFESTATION (Départ rue Mégevand-Arsenal-CLA-Présidence rue Goudimel)

Tract 11 décembre

Affiche 11 décembre 2014

Leur université n’est pas la nôtre.

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Communiqué de presse du 14 octobre 2014 :

Jeudi 2 octobre, Vincent Goulet – sociologue – rendait publique via la presse sa lettre de démission du poste tant convoité de maître de conférence qu’il occupait depuis 4 années à l’Université de Lorraine. Dans cette lettre, qu’il adresse à l’actuelle secrétaire d’État à l’enseignement supérieur et à la recherche, Geneviève Fioraso, notre collègue met le doigt sur une situation désastreuse. Son constat est clair : l’université est aujourd’hui une véritable entreprise.

En effet, suite au désengagement progressif de l’État du financement de la recherche, les moyens et les conditions de travail des enseignants chercheurs se sont sensiblement dégradés. Outre le fait qu’obtenir du « papier et des crayons » est devenu si compliqué que les collègues sont obligés de fournir eux même le matériel nécessaire à l’enseignement, obtenir des financements pour la recherche induit aujourd’hui une surcharge de travail administratif sans précédent. Et quel travail : dans les universités « autonomes », plus de place pour le financement de la recherche fondamentale, ni pour un enseignement de qualité : travailleurs du supérieur, débrouillez vous pour vous vendre, mettre en œuvre des stratégies marketing et répondre aux besoins du patronat si vous souhaitez décrocher des financements. Si bien qu’aujourd’hui, la préoccupation première d’un enseignant chercheur n’est plus de chercher ni d’enseigner, mais bien de manager et d’être rentable sur le marché de la formation. Pire encore, c’est être attractif aux yeux des intérêts du privé dans la cadre d’une concurrence sans limite avec des collègues d’autres départements et d’autres universités.

Et que dire de la situation de l’emploi dans le supérieur qui se précarise tous les jours un peu plus. Car si le nombre de postes de titulaires est gelé, et que l’enseignement et la recherche se font désormais avant tout en tant que contractuel ou vacataire, nous n’oublions ni les suppressions de postes chez les personnels administratifs ni la sous traitance de l’entretien auprès de société privées.

Rappelons le, cette situation est la conséquence d’un long processus de privatisation et de libéralisation des universités, concrétisé par les gouvernements de droite comme de gauche par la succession des réformes LMD , LRU, les fusions d’université dans la cadre du statut de Grand Établissement, et l’application actuelle de la loi dite « Fioraso ». Cette logique, qui voudrait faire des universités des outils de la rentabilité capitaliste plutôt que des lieux de recherche, de transmission du savoir, et d’émancipation, la CNT, comme des nombreux étudiants et personnels des université, l’a combattue sans relâche ces dernières années, pendant que les syndicats majoritaires dans le supérieur refusaient d’appeler à la grève, ou constataient passivement depuis leurs sièges dans les instance dites représentatives l’aboutissement du projet de fusion des universités de Lorraine.

Nous le réaffirmons, si cette situation catastrophique de l’université de Lorraine ne nous étonne guère c’est avant tout parce nous restons convaincus que ce n’est pas dans la cogestion de salons, ni dans les marches symboliques que nous obtiendrons satisfaction. Pour contrer la logique capitaliste, pour construire une université égalitaire, émancipatrice et accessible à tous, c’est la solidarité interprofessionnelle, la construction d’une riposte sociale à la base, et la lutte collective qu’il nous faut développer.

[Education] Lycées pro en lutte: Interview

Lycées pro en lutte

 Interview avec Sylvain, enseignant au lycée professionnel de Montjoux, en lutte contre sa fermeture, réalisée le 28 mai 2014.

 Pour commencer peux-tu nous dire ce qui a déclenché la mobilisation à Montjoux?

 Pour retracer l’ambiance de Montjoux, c’est un lycée où la direction n’est pas très au fait de son personnel, c’est le flou total, il n’y a pas vraiment de direction au lycée professionnel (LP) de Montjoux depuis une dizaine d’années. Et ce qui a déclenché le mouvement c’est que, par voie syndicale notamment, on a eu des bruits de couloirs comme quoi un « plan lycée » allait être mis en place. Ensuite on a eu des précisions parce que la vice présidente de région Mme Laroche a laissé entendre dans une réunion que certains lycées étaient menacés de fermeture. C’était plus ou moins vague mais on a entendu les noms de Montjoux, Delle, Bavilliers (90), mais en même temps rien n’était précisé, tout était extrêmement flou. Ce qui nous avait aussi alertés c’est qu’en Lorraine, le recteur et le président du département des Vosges avaient annoncé que leur lycée des métiers du bois ne fermerait pas et qu’à la place ce serait celui de Mouchard, en Franche-Comté. Donc tout un tas de petits signaux, et avant les vacances on a eu le coup de tonnerre, à savoir que Montjoux était vraiment menacé, le proviseur était au courant. Trois jours avant cette annonce, en conseil d’administration, j’avais demandé à la conseillère régionale présente et au proviseur lui-même ce qu’il en était de ces rumeurs de fermeture. Tous deux, plus ou moins ironiquement, m’ont répondu : « Mais non, vous avez peur encore une fois, on n’a rien entendu, le proviseur ne part en retraite qu’en 2016 donc au moins jusque-là le lycée restera ouvert ».

Suite à cela j’ai fait avec une collègue une heure d’info syndicale où beaucoup de monde est venu, et on s’est dit : « il y a un problème, on doit nous répondre au lieu de nous laisser dans le flou ». Le lycée Montjoux représente environ 80 personnels, voire pas loin d’une centaine avec les gens qui travaillent dans d’autres services, notamment le CFA public, et tous ces gens se sont dit : « Il va falloir qu’on se mette en grève, qu’on se mobilise, qu’on nous reçoive, qu’on discute avec nous ». On a fait un vote à main levée, sur 50 ou 60 personnes présentes seules deux se sont abstenues, donc on a décidé de faire une journée de grève, c’est là que ça a démarré. C’était le mardi 13 mai, juste après les vacances.

Par la suite vous avez mené une série d’actions, de rassemblements…

 Ça a démarré par un dépôt de préavis de grève, on a contacté les médias pour faire parler de nous, et on a décidé de bloquer l’avenue Marceau, la rue qui passe devant notre lycée, avec des drapeaux, des banderoles, en empêchant les voitures de passer. On a été aidés à fond en cela par le syndicat Force ouvrière (FO), et on a tenu pendant deux heures sous la pluie. Le proviseur, dans son cynisme, a cru bon de dire à certains apprentis qu’on était en train de faire une chorale, pour se moquer de nous. Suite à cela nous sommes remontés dans le lycée pour faire une assemblée générale, pour parler de ce qu’on allait faire par la suite. Il suffit d’un déclenchement pour que les gens dégagent de l’énergie, parce que là tout le monde s’y est mis et a pris en charge des ateliers : rédiger un tract, un communiqué de presse, prendre contact avec les parents d’élèves, avec les entreprises – puisque nous sommes un lycée pro il faut que les patrons soient au courant qu’ils n’auront plus d’ouvriers sous la main, car quoi qu’il en soit c’est le nerf de la guerre, les ouvriers sont mal payés mais sans eux rien ne se fait. Et puis contacter tous les élus : la mairie, les députés, conseillers régionaux ; et essayer de mobiliser les élèves. Il faut savoir qu’on est dans un lycée pro industriel, et les élèves ne voient pas forcément l’enjeu qu’il y a à garder le seul lycée industriel de Besançon.

Où en est le mouvement aujourd’hui?

 Comme tout mouvement qui dure, on se cherche un petit peu. On a bloqué dans la foulée le Comité technique paritaire (CTP) du conseil régional, on est rentrés en force, en manifestation, toujours soutenus par tout un tas de collègues d’autres lycées voire d’autres corps de métiers. Le début d’un mouvement ça fait toujours un peu peur, on compte les troupes, si on n’est que vingt-trente personnes, même déterminés ça fait pas beaucoup, là on était une soixantaine. On a pris à partie les élus de la région, moi je leur ai rappelé qu’ils se disaient socialistes – je me rappelle du socialisme du début du XXème siècle où le mot n’avait pas du tout le même sens qu’on donne maintenant à ce parti politique qu’est le PS. Et puis on a réussi à se faire recevoir en délégation par le vice-président de la région, Bontemps, avec des représentants du lycée de Baume-les-Dames, de Montjoux et du personnel ATOS, c’est-à-dire l’entretien, les cuisines, etc. J’allais oublier que la veille on avait obtenu une audience avec Sylvie Laroche, c’est elle qui conduit le plan lycée, elle nous avait tenu un discours avec un argumentaire en quatre points, et le lendemain lorsqu’on a bloqué le CTP le vice-président Bontemps nous a tenu exactement le même discours. Donc ça s’est passé moins bien sachant qu’il y a du cynisme et du mépris, on nous prend un peu comme des gosses en nous disant : « Vous n’avez rien compris, de toute façon rien n’est fait, ne vous inquiétez pas, etc., etc. ». Sachant que la décision effective de fermer les lycées tombera le 27 juin, avec le vote du conseil régional sur le plan lycée, les discussions sont encore en cours.

On a aussi tracté dans tous les lycées bisontins pour que les gens soient au courant, parce que c’est difficile de se faire entendre. Les médias nous ont bien relayé, notamment l’Est républicain, ce qui est assez étonnant, je pense que c’est la journaliste qui nous suit qui aime bien ce mouvement. Et puis comme on ne nous entend pas on a bloqué une autre réunion du CTP, le jeudi 22 mai, à Planoise dans les locaux de la « Direction de la formation tout au long de la vie » (sacré programme). Là on nous a dit que la vice-présidente et le recteur étaient prêts à nous recevoir, mais uniquement des représentants syndicaux. Nous on voulait que ce soit les personnels dont le lycée sera supprimé qui soient reçus, ils n’ont pas voulu. Ça se comprend parce que là ils auraient eu la colère du personnel en face. Donc on est resté à peu près trois quarts d’heure devant la porte à tambouriner, tambouriner, et là on a deux collègues qui par ruse ont réussi à s’introduire dans les locaux et à nous ouvrir les portes, et on est rentré en force pour complètement bloquer la réunion du CTP. L’élue de la région a assumé son rôle, elle a défendu son projet en argumentant devant toute la manifestation – on était une centaine, le nombre augmente, avec tout un tas de lycées représentés – par contre le recteur n’a absolument rien dit, alors que c’est lui qui gère les personnels de l’éducation, et on était accompagnés de quelques élèves donc ça aurait été la moindre des choses qu’il dise quelque chose. On ne voulait pas réentendre l’argumentation en quatre points pour justifier le plan lycée, nous on voulait des réponses concrètes. Pas de réponse concrète donc on a bloqué le CTP. Sachant que le CTP se réunira de nouveau jeudi prochain* pour discuter de tout ça, est-ce qu’on va faire un nouveau blocage ? C’est la question, dans un établissement c’est difficile de toujours mobiliser les personnels à se mettre de nouveau en grève, perdre de l’argent, etc. Et puis au bout d’un moment dans un conflit comme celui-ci tout le monde commence à penser à son avenir personnel, à avoir un peu peur à cause des pressions hiérarchiques. Exemple de pression hiérarchique : lorsqu’on est partis en délégation à la région les gens de l’entretien ont demandé deux heures d’autorisation d’absence, on ne leur a pas accordé et on les leur a fait rattraper. Autre exemple : j’avais déposé une heure d’info syndicale pour le mardi après-midi, le proviseur m’a répondu juste avant l’heure pour me dire qu’il n’acceptait pas et qu’il voulait qu’elle soit déplacée à midi. Ce sont des petites choses, des détails, mais qui montrent bien que la hiérarchie est toujours prête à mettre la pression sur le personnel. Sachant que le personnel défend le collectif, un lycée pour des élèves, une façon de travailler, un savoir-faire éducatif – puisqu’on a un public un peu perdu, et nous on sait le ramener vers certaines valeurs, la construction d’un homme et d’un citoyen. C’est un grand mot, je le mets vraiment entre guillemets mais quand on a des gosses complètement déstructurés il y a des choses à rappeler, la notion de solidarité, d’effort sur soi-même.

Tu as parlé rapidement des syndicats, quel est leur rôle dans ce mouvement, et celui des assemblées générales?

J’adhère à un syndicat, la CGT, mais pour moi tous les syndiqués et syndicalistes doivent être frères. Et là le répondant qu’il y a eu de la part de FO, des mecs qui soutiennent, qui font le nombre, qui amènent de la sono, des drapeaux et leur énergie, tout ça, par rapport aux pressions hiérarchiques, fait que le personnel qui est en lutte se sent plus fort, se sent sécurisé par une centrale, qui connaît les lois, etc. Je trouve qu’il y a eu un soutien formidable, et après mon syndicat CGT, étant plus frileux – à la CGT Educ’action on a de moins en moins d’adhérents malheureusement – ils ont suivi. Mais ça y est, c’est parti, et maintenant on est en inter-syndicale avec plusieurs lycées, donc on se sent moins seuls, mais en même temps on ne voit pas le bout du tunnel, on ne sait pas comment ça va évoluer, mais il y a du soutien.

En ce qui concerne les assemblées générales, malheureusement ce que je ressens c’est que les gens sont plus ou moins attentistes, attendent que deux-trois personnes voire un syndicat prennent les choses en main, et là ils sont prêts à suivre et à dégager des énergies. Sinon beaucoup ont peur de se mettre en avant. Par exemple quand on a bloqué la rue du lycée j’avais demandé aux collègues ATOS de porter leurs habits de travail, et quatre dames sont venues me demander si elles avaient le droit d’être en tenue de travail dans la rue. Et je leur ai répondu : « Soyez fières, on vous supprime votre outil de travail et vous avez peur d’être hors la loi, ceux qui sont hors la loi c’est ceux qui suppriment ». Ça montre bien la peur qu’il y a, il y des contrats précaires, des salaires tout petits, des pressions, donc ils ont peur. Et dès l’instant où trois-quatre personnes motivées prennent les choses en main, plus un syndicat ou un mouvement, là les gens sont un peu plus prêts à aller à la lutte, mais c’est pas évident.

Et au niveau du soutien extérieur?

 Du côté des lycées qui ne sont pas concernés par les fermetures il n’y a pas grand-chose, c’est plus de l’action individuelle. Sachant qu’il y a un préavis de grève déposé tous les jours et qui couvre tous les lycées de Franche-Comté, certains se mettent en grève pour faire le nombre, mais très peu. Et quand on tracte dans les lycées, les collègues n’ont pas forcément d’écoute, je dirais même plus, c’est que dans l’éducation nationale où on avait des bastions de militants, maintenant on a des bastions de gens fuyants leurs responsabilités.

Il y a aussi des solidarités plus larges, j’ai vu un garde champêtre syndiqué FO, on a du soutien d’anciens de Montjoux, mais ça reste des actions individuelles. Il y a un truc sur lequel je voudrais insister, c’est le blocage. Il faut bien comprendre que le plan lycée est organisé par le PS, puisqu’il tient la région, et tous les leviers plus ou moins contrôlés par le PS ne sont pas mis en marche, notamment certains syndicats : la CFDT, l’UNSA. Si l’UMP avait eu le même projet le PS serait avec nous dans les manifestations et il y aurait beaucoup plus d’impact. Même la CGT qui a été un peu plus frileuse, c’est peut-être pour cette raison-là, il faut pas oublier qu’elle a appelé à voter Hollande. C’est là qu’on voit que tout ça est extrêmement politique, je vais avoir rendez-vous avec une députée socialiste et je pense qu’elle va être plus à l’écoute car elle est soit-disant sur l' »aile gauche » du PS.

Et de l’extérieur, qu’est-ce qu’on peut faire pour vous soutenir?

 Être le maximum le 27 juin, à partir de 9h, devant la région au moment où le conseil régional doit voter ce plan lycée, square Castan. Et relayer l’info, parce que c’est le souci de n’importe quel mouvement social. On parle d’un mouvement quand il y a des actions, mais un mouvement social ça dure même quand il n’y a pas d’action. Là on parle d’un lycée mais je pense à tous les salariés qui luttent dans les entreprises, notamment celles qui ferment, c’est leur souci, faire parler de soi. Et que tous les gens qui vivent autour en prennent conscience, car même les habitants autour du lycée semblent tomber des nues quand on leur dit qu’il va fermer.

De manière plus générale, peux-tu donner ton analyse de la situation actuelle de l’enseignement?

 L’analyse que je peux faire de l’enseignement, notamment professionnel, se fait sur deux axes. D’abord l’axe économique : l’État, cet Etat-providence qui existait encore il y a une vingtaine d’années, petit à petit se délite complètement. Avant, par l’enseignement professionnel l’État faisait un effort de formation, maintenant il ne veut plus du tout, et veut donc donner cet enseignement – qui coûte extrêmement cher par rapport à l’enseignement général (de par les machines : trois élèves peuvent travailler sur une machine qui coûte 300 000€, et il faut les changer assez souvent) – aux centres d’apprentissage privés, bien souvent tenus par le MEDEF. On veut éviter également la façon de protéger les apprentis, car les apprentis sont une main d’œuvre contrairement aux formations initiales, quand on compte qu’un patron peut embaucher un gosse sur trois ans plus ou moins gratuitement. L’État veut faire des économies en supprimant le professionnel, et apparemment la Franche-Comté est une région pilote là-dedans, avec ce plan lycées.

Le deuxième axe c’est l’éducation en elle-même. A savoir qu’il est clair et net que pour les patrons de tout un tas de corps de métiers, on va nous dire que ça ne sert à rien de faire de l’histoire-géographie, du français, qu’il suffit d’apprendre à remplir sa fiche d’impôts et à faire un mail ou lire un prix dans un magasin. On voit un appauvrissement de la culture depuis les dix dernières années, avec la suppression des diplômes professionnalisant de niveau 5 (les CAP), où on pouvait ramener des gosses en difficulté vers un métier et les faire reprendre goût à la vie. Et également la réforme dite du bac en trois ans, où on a regroupé les quatre ans du BEP puis Bac pro en trois ans, donc une année d’étude perdue, plus tout un tas de champs professionnels qui disparaissent ou sont dissous dans un gros gloubi-boulga d' »enseignement global ». On en arrive à une mauvaise formation, en gros. Donc tout ça pour en revenir au plan lycée, fait que la suppression des diplômes, de certains champs d’enseignement voire de certains corps de métiers, plus la compression de quatre à trois ans d’étude, plus la mauvaise orientation la plupart du temps à la sortie du collège, où on dit aux gosses de ne pas aller en lycée pro, fait qu’on a de moins en moins d’élèves en lycée pro. C’est le seul argument pour les fermer, le ratio mètres carrés/élèves, sachant que dans son cynisme la région prend en compte la surface de couloirs, et mesure les salles de machines au même titre qu’une salle de classe.

Merci pour ces éclaircissements, veux-tu ajouter quelque chose pour conclure?

 Moi je suis prof de français et d’histoire-géo, et comme disait mon grand-père : « la culture est plus facile à porter qu’une pioche ». Ça signifie en gros : qu’on soit ouvrier, cantonnier, caissière, ou qu’on soit énarque, commerçant ou n’importe quoi, on doit avoir de la culture. C’est par la culture qu’on arrivera à vivre ensemble et à se comprendre les uns les autres, et on n’assume plus ce rôle-là dans l’éducation nationale, ça fait une dizaine d’années. Si je me réfère à l’actualité toute fraîche, il vient d’y avoir un raz-de-marée Front national, et une des façons de le combattre c’est de faire en sorte de remettre du savoir et de la connaissance dans ces lieux où on évalue simplement des performances et des compétences. Et quelque part je suis là, par mon petit savoir, pour élever le citoyen, le salarié, etc. Et de toute façon on peut être contre tout ce qu’on appelle la république, mais quoi qu’il en soit le but affiché par exemple par le Conseil national de la résistance c’était bien d’élever une population, on peut retrouver les Lumières du XVIIIème siècle là-dedans, aller chercher la lumière. Maintenant, ça fait trente ans qu’on est carrément dans l’inverse, on veut plonger la population dans l’obscurantisme, et on y arrive petit à petit.

*La réunion du Comité technique paritaire du 5 juin a confirmé la fermeture des lycées Montjoux et Diderot (Bavilliers, 90), qui sera votée par le conseil régional le 27 juin.