Contre l’État (d’urgence ) !

affiche etat urgence2A la suite des attentats à Paris le 13 novembre 2015 exécutés par quelques fanatiques de Dieu, le gouvernement a mis en place l’état d’urgence : en à peine plus d’un mois, 2 700 perquisitions ont été réalisées (dont au moins 13 dans le Doubs et le Jura), 360 assignations à résidence ont été prononcées, 334 personnes ont été interpellées dont 284 placées en garde à vue partout en France (AFP, 15/12/2015). Cette mesure permet à l’État d’accroître ses possibilités de répression, et ce jusqu’à la fin du mois de février 2016. Fin décembre, Le gouvernement a annoncé son intention d’inscrire l’état d’urgence dans la Constitution, ce qui a pour but de le pérenniser et de le banaliser. Un autre projet de loi vise en outre à inclure dans le code pénal la plupart des mesures de l’état d’urgence : perquisitions rendues possibles à tout moment, assignations à résidence, rétention de 4 heures (« mini garde-à-vue ») pour toute personne (même mineure) présentée comme « suspecte » ayant ses papiers, contrôles et fouilles accrus dans les transports et dans la rue sur décision des procureurs, préfets et policiers. Autrement dit, l’état d’exception devient la règle. A cela s’ajoute la déchéance de nationalité en cas de condamnation pour « atteinte à la sûreté de l’État » et « acte terroriste » ; bien que nous soyons hostiles aux frontières et aux nations cette mesure aurait pour résultat la suppression des droits sociaux, politiques et économiques d’une partie de la population. Le FN en rêvait, le PS l’a fait !

L’État tire dans le tas

Les mesures qui accompagnent l’état d’urgence – le plus long depuis la guerre d’Algérie – s’ajoutent au plan Vigipirate (appliqué en continu depuis 1995) et aux multiples lois « anti-terroristes » de surveillance et de flicage (fichage EDVIGE, loi de programmation militaire, fiches de sûreté dites ‘S’, etc…) visant la population en général. Les « proies » principales des flics sont nombreuses et restent principalement les mêmes, pré-établies sur des critères racistes : si les habitant-es de quartiers populaires, sans-papiers sont dans leur ligne de mire, c’est avant tout parce qu’ils sont pauvres et n’ont pas la bonne couleur de peau, la bonne culture et qu’ils portent en eux de possibles germes de révolte, etc… Pourtant, force est d’admettre qu’il n’y a pas de communauté, de religion ou d’ethnie type pour être sur écoute ou recevoir leur visite impromptue en plein milieu de la nuit : une attitude suspecte, un mépris affichée pour la nation (qui tue aux quatre coins du monde pour sa santé économique, qui a le sang de milliers de travailleurs et de sans-papiers sur les mains…), un comportement anormal (« il n’a pas de portable, c’est qu’il doit avoir des choses à se reprocher »), une mauvaise fréquentation (autrement dit des liens avec une personne en bisbille avec la police et la justice). La délation, qui hélas est une valeur ancrée dans cette société, suffit la plupart du temps pour que les flics passent à l’acte et tapent à l’endroit où on leur dit de taper.

L’état d’urgence se place dans la continuité répressive de l’État en matière de contrôle et de surveillance sur la population en général. En résumé, l’État agit en prévention, en étendant la prison à l’extérieur de ses murs par des jugements expéditifs qui relèvent désormais du champ administratif.

Le mouvement social dans le viseur

A l’approche du grand rendez-vous des puissants que constitue la COP21 (sommet de l’ONU sur le changement climatique qui s’est tenu du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris), l’Etat a usé de son arsenal répressif pour appliquer la terreur sur toutes les personnes qui s’insurgent contre l’exploitation du capitalisme et l’oppression étatique. Le rouleau-compresseur de la machine policière et judiciaire s’est mis en route : rétablissement des contrôles systématiques aux frontières dans le but de refuser l’entrée aux personnes susceptibles de « troubler l’ordre public » et de s’attaquer à ce qui nous détruit, perquisitions rendues possibles à n’importe quelle heure du jour et de la nuit 7 jour sur 7, assignations à résidence à foison (obligation d’être chez soi de 20h à 6h avec la contrainte de se rendre chez les flics trois à quatre fois par jour), condamnations à la pelle : prison ferme, bracelets électroniques, contrôles judiciaires…

Derrière ces opérations répressives visant à terroriser les opposant.e.s anti-capitalistes, l’État s’est, d’une part, protégé d’une trop forte opposition à ce contre-sommet, mais a surtout essayé de porter un coup à la lutte écologiste radicale très active ces dernières années : parmi les plus significatives, la lutte contre le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes (près de Nantes), où l’entreprise de BTP Vinci s’embourbe dans le bocage nantais et où les travaux n’ont toujours pas débuté grâce à la détermination des opposants. D’ailleurs, il semblerait que l’État prépare une énième invasion de l’armée sur la ZAD pour le mois de janvier (Presse Océan, 15/12/2015), afin de faire respecter le droit de la multinationale à détruire une zone humide pour ses profits et l’utilité en matière de fluidification des marchandises et en tant que rouage du capitalisme.

Citons également l’interdiction d’une permanence syndicale étudiante à Montpellier, ça sert aussi à ça l’anti-terrorisme.

Alors…

Nous avons décidé d’agir en défense de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité, mais certainement pas d’une république qui les a toujours piétinées. Elle n’ a pas attendu l’état d’urgence pour réprimer les exploités et opprimés, c’est pourquoi nous lui nions toute légitimité. Avec l’état d’urgence, la république devient dictature, elle menace tout gréviste, tout manifestant, et au final toute la population. Face à elle, la seule réaction responsable est alors la révolte.

Arrêt immédiat de l’état d’urgence !

Cessons de baisser la tête ! Reprenons le chemin de la lutte !

Le pdf du tract ICI