La Gentrification par l’art

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L’avant-garde artistique est celle qui débroussaille les forets de la guerre immobilière pour les pouvoirs publics et les promoteurs. Tel est le processus de gentrification par l’art : comment faire d’un quartier populaire un quartier branché ?

1. Commencer par établir de grands projets municipaux, souvent culturels, comme un centre artistique.

2. Favoriser l’installation de commerces tertiaires adéquats, économiquement et culturellement sélectifs : boites de nuit branchées, ateliers créatifs, cafés et restaurants de cuisine créative, boutiques d’art ou de haute couture, salles de concerts, cinémas de gauche, magasins bio et détaillants de commerce équitable.

3. En même temps, commencer de grands chantiers publics : nouvelles places de crèche, universités, espaces associatifs citoyens, commissariats, espaces verts écologiques mais chics, systèmes de vélos en libre-service payant, construction de nouveaux axes de transports en commun.

4. Peut alors commencer la phase de nettoyage humain : augmentation des loyers de tout les habitats proches des chantiers cités plus haut, accélération des expulsions locatives sous divers prétextes tels que l’insalubrité, suppression du racolage par le harcèlement des putes pour permettre l’installation de bars à escort-girls, accélération aussi des expulsions de squats, adaptation du mobilier urbain pour repousser toute tentative d’oisiveté un peu plus loin, plus de surveillance technologique ou citoyenne et renforcement des effectifs de police urbaine de proximité.

5. Moins de pauvres et restructuration des quartiers : l’avant garde artistique peut alors servir d’appât. Favorisés, ils peuvent alors se regrouper dans un nouvel espace communautaire en traînant derrière eux la cohorte des admirateurs et de ceux qui doivent être là ou il faut être. L’admiration qu’ils suscitent parmi les masses grégaires de classe moyenne rend opérante la phase de substitution.

6. Phase de substitution des populations : le rêve se réalise. Les pauvres, harcelés, finissent par lever l’ancre et sont repoussés encore un peu plus aux confins des métropoles. De nouvelles populations s’installent alors, artistiques ou à la remorque des artistes. Plus enclines à « participer à la vie du quartier », c’est à dire à voter, à trier ses déchets et à prévenir la police de toute malversation. Là se trouve le jackpot urbaniste. Ces populations plus solvables et intégrées vont alors mieux consommer, et plus. Elles ne seront pas sujettes au chômage de masse et offriront une coopération sans faille aux différentes tentacules de la machine. Bien plus dociles, leur mécontentement n’ira jamais plus loin que l’insurrection pétitionnaire ou la cyber-manif. La ville se prémunit alors des émeutes urbaines, des guet-apens sur flics et pompiers ou de tout autre acte de dé-pacification sociale.

7. la dernière phase est la plus délicate, car cohabitent alors des populations socialement mixtes. Cette cohabitation difficile permet alors le renforcement de l’occupation policière afin de donner confiance aux porte-feuilles des nouvelles populations.

Quand le pinceau devient le prolongement de la matraque, flics et artistes sont deux moyens complémentaires de la chasse aux pauvres, les deux faces d’une même pièce.

Extrait de Non Fides N°IV, p.46, juillet 2009.

Trouvé dans une brochure sur infokiosque (cliquez ici)

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