PALESTINE – ISRAËL : PAROLES D’ANARCHISTES

Voici deux interviews d’anarchistes palestiniens et israéliens. L’objectif pour nous est de montrer que de part et d’autre du « mur de la honte » des gens luttent contre l’oppression, contre le fanatisme et le nationalisme. Nous condamnons évidemment et sans réserve la politique criminelle du gouvernement israélien, mais étant donné le contexte des mobilisations « pro-palestiniennes » en Europe il nous a paru nécessaire d’apporter par nous mêmes quelques précisions supplémentaires :
– Nous ne soutenons en aucun cas les crimes du Hamas, ni aucun des mouvements qui réclament la suppression de l’Etat d’Israël. Nous sommes contre tous les Etats, pas contre un seul, et Israël ne peut certainement pas être considéré comme l’Etat le plus criminel du monde, ni d’ailleurs comme une puissance déterminant secrètement la politique des Etats occidentaux. Le nationalisme sert toujours à dissimuler l’oppression des travailleur-se-s, mais en quoi le nationalisme israélien serait-il pire que le nationalisme iranien ou français ?
– Nous ne partageons en aucun cas la position, reprise par certains groupes d’extrême-gauche ou libertaires, selon laquelle le « sionisme » (ensemble des courants justifiant l’existence d’Israël) serait une forme de fascisme. Si l’impérialisme israélien et la volonté d’expansion doivent être condamnés, l’existence d’Israël ne saurait être remise en cause.
– Nous ne rendons en aucun cas responsable la population d’Israël (et encore moins les juif-ve-s en général) des massacres commis par l’armée de ce pays. Même dans les soi-disant « démocraties », les gouvernements imposent leurs politiques. Rappelons que pour certains (Front National, Soral, Dieudonné, Parti Antisioniste…) le mot « antisionisme » n’est rien d’autre qu’un moyen de masquer leur antisémitisme.
– Nous critiquons vivement l’utilisation du terme « génocide » pour qualifier les crimes de l’État israélien, y compris dans les interviews que nous publions. Il s’agit certes de massacres, mais pas d’une volonté d’extermination raciale de la population arabe de Palestine. Nous refusons d’une manière générale tout parallèle qui pourrait être fait entre le massacre du peuple palestinien et les génocides de la Seconde Guerre Mondiale. Ces comparaisons sont des provocations sans fondement qui cachent le plus souvent des idées antisémites.
– Nous critiquons également une tendance récurrente d’une partie du mouvement dit « pro-palestinien » ou « antisioniste » à reprendre ces clichés ou raccourcis d’inspiration (même involontairement) antisémites, dans une vision binaire du conflit israélo-palestinien. Cette tendance est un important facteur de confusion politique, elle ne profite au Moyen-Orient qu’aux droites israélienne et palestinienne, et en Europe elle facilite l’éternelle tentative de retour des néo-fascistes.
– Nous considérons que l’antisémitisme est un danger important pour les groupes révolutionnaires, distinct des autres formes de racismes (non moins dangereux), puisqu’il se présente comme une critique radicale du capitalisme et du « système » assez semblable à la notre, mais qui désigne les juifs comme responsables. Le nazisme se présentait comme un mouvement révolutionnaire, anticapitaliste, et comptait parmi ses membres et sympathisants beaucoup d’anciens membres et sympathisants d’extrême-gauche, comme les antisémites d’aujourd’hui (FN, Soral…).

CONVERSATIONS AVEC DES ANARCHISTES PALESTINIENS
« Recalibrer l’anarchisme dans un pays colonisé »
par Joshua Stephens

« Pour être honnête, j’en suis encore à essayer de me débarrasser de mes habitudes nationalistes », dit Ahmad Nimer en plaisantant tandis que nous bavardons dans un bar de Ramallah. Le sujet de notre conversation est à peu près celui-ci : comment peut-on vivre comme anarchiste en Palestine ?
« Dans un pays colonisé, il est assez difficile de convaincre les gens avec des solutions non-autoritaires et non-étatiques. On rencontre une forte mentalité – souvent étroitement nationaliste – anticoloniale », déplore Nimer. En fait, les anarchistes en Palestine ont actuellement un problème de visibilité. En dépit de l’importance de l’activisme anarchiste en Israël et au niveau international, il ne semble pas exister une prise de conscience semblable en faveur de l’anarchisme parmi les nombreux activistes palestiniens.
« Le débat actuel sur les thèmes anarchistes se concentre surtout sur la question du pouvoir : refuser l’exercice du ‟pouvoir sur” et être en faveur du ‟pouvoir avec”. Quand on parle de l’anarchisme en tant que conception politique, celle-ci est définie par le rejet de l’État », explique Saed Abu-Hijleh, professeur de géographie humaine à l’Université Al -Najah à Naplouse. « On parle de liberté et d’une société qui s’organise sans l’interférence de l’État. » Mais comment un peuple sans État peut-il adhérer à l’anarchisme, lequel implique une opposition à toute forme d’État comme condition de son autoréalisation ?
En Palestine, historiquement, des éléments dans la lutte populaire ont été auto-organisés, même s’ils ne sont pas explicitement identifiés à l’anarchisme en tant que tel. « Les gens ont déjà organisé leur vie horizontalement ou d’une manière non-hiérarchique », explique Beesan Ramadan, une autre anarchiste de Palestine, qui définit l’anarchisme comme une ‟tactique”, mais s’interroge sur la nécessité de s’étiqueter. Elle poursuit : « il est déjà là, dans ma culture et dans la façon dont l’activisme palestinien opère. Pendant la Première Intifada, par exemple, quand une maison était démolie, les gens s’organisaient presque spontanément pour la reconstruire. Comme anarchiste palestinienne, j’ai hâte d’en revenir aux racines de la Première Intifada, qui n’est pas née d’une décision politique et qui s’est même déroulée contre la volonté de l’OLP. » Yasser Arafat a déclaré l’indépendance en novembre 1988, après le début de la Première Intifada en décembre 1987, et ajoute Ramadan, « pour détourner les efforts réalisés par la Première Intifada. »
La question palestinienne s’est compliquée encore plus au cours des dernières décennies. Le contexte de la Première Intifada, établie sur une large base d’auto-organisation horizontale, a été supplanté en 1993 avec la signature des accords d’Oslo et la création verticale, d’en haut, de l’Autorité palestinienne (AP). « Maintenant, ici, en Palestine, dit Ramadan, nous n’avons pas la même signification de l’autorité que d’autres peuples doivent défier… Nous avons l’AP et l’occupation, et nos priorités sont continuellement mélangées. L’Autorité palestinienne et les Israéliens [sont au] même niveau parce que l’AP est un instrument entre les mains des Israéliens pour opprimer les Palestiniens. » Nimer partage également ce point de vue, en faisant valoir que s’est répandue beaucoup plus largement l’idée que l’AP est une sorte d’« occupation par procuration. »
« Être anarchiste ne signifie pas hisser le drapeau rouge et noir, ni faire un ‟black bloc” », précise Ramadan en faisant référence à la tactique de protestation anarchiste dans laquelle les manifestants s’habillent entièrement de noir et se couvrent le visage. « Je ne veux imiter aucun groupe occidental dans la façon de ‟faire” l’anarchisme… ici cela ne fonctionnerait pas parce que nous devons créer une conscience populaire complète. Les gens ne comprennent pas ce concept. » Pourtant, Ramadan pense que la faible visibilité des anarchistes palestiniens, et plus largement la sensibilisation limitée de l’anarchisme en Palestine, ne signifie pas nécessairement qu’ils sont peu nombreux. « Je pense qu’il y a un certain nombre d’anarchistes en Palestine », fait-elle remarquer tout en admettant ensuite que « c’est surtout, pour l’instant, des idées individuelles [bien que] chaque militant soit actif dans sa manière propre de faire ».
Cette absence d’un mouvement anarchiste unifié en Palestine pourrait résulter du fait que les anarchistes occidentaux n’ont jamais porté une attention sérieuse et approfondie sur le colonialisme. « [Les auteurs occidentaux] n’ont pas eu à le faire » soutient Budour Hassan, activiste et étudiante en droit. « Là-bas, leur combat est différent. » ajoute Nimer « Pour les anarchistes aux États-Unis, la décolonisation peut être une partie de la lutte antiautoritaire ; pour moi, c’est tout simplement ce qui doit arriver. »
Surtout, Hassan étend sa propre compréhension de l’anarchisme au-delà de la simple lutte contre l’État ou de l’autoritarisme colonial. Elle cite le romancier palestinien et nationaliste arabe Ghassaan Kanafani, soulignant le fait que non seulement celui-ci s’est affronté à l’occupation, « mais aussi aux relations patriarcales et la classe bourgeoise. C’est pourquoi je pense que nous, Arabes – anarchistes en Palestine, en Egypte, en Syrie, au Bahreïn – nous avons besoin de commencer une reformulation de l’anarchisme d’une manière telle qu’il reflète nos expériences du colonialisme, nos expériences en tant que femmes dans une société patriarcale, et ainsi de suite… »
« Le fait de faire partie de l’opposition politique ne va pas vous sauver », prévient Ramadan, en ajoutant que pour de nombreuses femmes, « si nous nous opposons à l’occupation, nous devons nous opposer à la famille. » En fait, dit Ramadam, la représentation très importante des femmes lors des manifestations cache le fait qu’en réalité, beaucoup d’entre elles doivent se battre pour pouvoir simplement être là. De même, assister à des réunions le soir exige des jeunes femmes de surmonter les barrières sociales que ne rencontrent pas leurs homologues masculins.
« En tant que Palestiniens, nous devons établir des liens avec d’autres anarchistes arabes », explique Ramadan influencée par la lecture de matériaux anarchistes en provenance d’Égypte et de de Syrie. « Nous avons tellement de choses en commun et, en raison de notre isolement, on finit par rencontrer des anarchistes internationaux qui parfois, aussi bonne que soit leur politique, restent coincés dans leurs préjugés et l’islamophobie ».
Dans un court article publié dans Jadaliyya intitulé “Anarchist, Liberal, and Authoritarian Enlightenments : Notes from the Arab Spring” [‟Eclairages anarchistes, libéraux et autoritaires : Notes sur le Printemps Arabe”], l’auteur Mohamed Bamyeh soutient que les récentes révoltes arabes reflètent « une rare combinaison de méthodes anarchistes et d’intentions libérales », soulignant que « le style révolutionnaire est anarchiste , en ce qu’il requiert peu d’organisation, de direction, ou au moins de coordination, [et] a tendance à se méfier des partis et des hiérarchies même après la victoire révolutionnaire. »
Pour Ramadan, le nationalisme représente aussi un problème important. « Les gens ont besoin de nationalisme dans les périodes de lutte », concède-t-elle, mais « cela devient parfois un obstacle… Tu sais ce que signifie le sens négatif du nationalisme ? Cela signifie que vous ne pensez qu’en tant que Palestiniens, que les Palestiniens sont les seuls qui souffrent dans le monde. » Nimer ajoute également : « On parle de soixante années d’occupation et de nettoyage ethnique, et soixante années de résistance à cela à travers le nationalisme. C’est trop long, c’est malsain. Les gens peuvent passer du nationalisme au fascisme, assez rapidement. »
Les foules rassemblées sur la place Tahrir au Caire, en décembre dernier [2012], ont donné de l’espoir aux anarchistes palestiniens. Alors que le président Mohamed Morsi consolidait ses pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, des groupes anarchistes se sont joints aux manifestations. Ces Egyptiens se définissent actuellement eux-mêmes comme anarchistes et adoptent l’anarchisme comme tradition politique. Retour à Ramallah, Nimer réfléchit : « Je suis souvent pessimiste, mais vous ne pouvez pas négliger les Palestiniens. Nous pouvons exploser à tout moment. La Première Intifada a commencé par banal un accident de la circulation. »
Traduction : OCLibertaire, Publié le 31 août 2013 sur : http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1400

ISRAÉLIENS SOLIDAIRES DE LA LUTTE DU PEUPLE PALESTINIEN
Une interview du groupe israélien « Anarchistes contre le mur » (AATW)

«La vraie raison de cette guerre est le refus du gouvernement israélien de parvenir à quelque accord que ce soit avec aucun des groupes palestiniens»
Après la construction du mur de l’apartheid qui a été érigé entre Israël et la Palestine à partir de 2003, a été formé le groupe « Anarchistes contre le mur » (Anarchists Against the Wall – AATW) qui, depuis lors, a mené une dynamique de lutte dans une perspective anarchiste, contre l’occupation et la colonisation que subit le peuple palestinien. Pleinement impliqués en ce moment dans les manifestations et les actions contre les massacres commis par l’État d’Israël, ils ont pris le temps de répondre à quelques questions.
1. Quand et comment est apparue la nécessité d’une organisation comme « Anarchistes contre le mur » (AATW) et quel a été son développement et son évolution ?
Il est important de souligner qu’AATW est un groupe mais pas une organisation formelle. La nécessité de créer une organisation politique radicale a toujours été présente, en tenant compte du fait qu’il y avait d’autres groupes qui faisaient un travail similaire au nôtre mais à partir d’un cadre de références non-anarchiste.
Une lutte commune contre le mur et l’occupation en général
Les origines du groupe sont liées à la montée du mouvement de lutte populaire palestinien autour de l’année 2003. Cette lutte se concentrait principalement contre la construction du mur de l’apartheid dont les travaux ont commencé à cette époque. Des groupes de militants israéliens et internationaux ont commencé à établir de nouveaux contacts avec les résidents des villages et des villes qui étaient proches du tracé du mur et dont la vie serait affectée par sa construction. Cette synergie a abouti à la formation d’un campement de protestation dans le village de Masha qui a servi de base pour des manifestations conjointes et pour un processus d’actions engagées contre le mur et contre l’occupation dans son ensemble. Autour de ce campement, nous nous sommes retrouvés, un certain nombre d’Israéliens, pour terminer la formation de AATW avec l’objectif d’agir à la fois dans les territoires occupés et à l’intérieur de l’État d’Israël.
Les principales actions de solidarité et de lutte commune ont été réalisées au cours de manifestations où des militants internationaux et israéliens utilisaient nos « privilèges » en tant qu’étrangers pour réduire la violence meurtrière qu’utilisait l’armée israélienne et éviter les arrestations, tout en étant conscients que le risque que nous prenions était bien moindre que si ces mêmes actions étaient menées par nos camarades palestiniens.
Depuis lors, le groupe est resté presque toujours lié aux besoins de nos frères palestiniens puisque ce sont eux qui sont le plus au coeur de cette lutte contre l’occupation. Selon les moments, nous pouvons avoir besoin d’une grande mobilisation des militants israéliens, d’actions de solidarité menées par de petits groupes ou de soutien juridique (présence aux tribunaux, avocats…) et dans les médias.

L’offensive israélienne de l’été 2014

2. Les États mentent toujours parce que l’objectif ultime est de maintenir les privilèges et le pouvoir de quelques-uns sur la majorité. Cette fois-ci, quelle est la raison officielle de cette nouvelle attaque que subit le peuple palestinien et quelle est vraiment la raison de fond ?
La raison officielle donnée par le gouvernement israélien pour cette guerre (appelée « Opération Bordure Protectrice ») est de répondre aux tirs de roquettes depuis la bande de Gaza en direction d’Israël. Mais, les roquettes ont été tirées sur Israël par le Hamas et d’autres groupes de la résistance après qu’Israël ait arrêté des centaines de militants du Hamas au mois de juin. Cette vague d’arrestations est intervenue après que trois jeunes colons israéliens ont été enlevés et tués par des gens qui pourraient être soupçonnés d’être des activistes du Hamas mais personne n’a été arrêté à ce jour pour cet assassinat.
La vraie raison de cette guerre est le refus du gouvernement israélien de parvenir à quelque accord que ce soit avec aucun des groupes palestiniens, notamment le Hamas, qui est la force populaire la plus importante de la bande de Gaza. Le lancement de roquettes a été l’excuse parfaite pour continuer cet état de siège que l’État d’Israël a imposé à Gaza depuis 2005.
3. Existe-t-il une véritable opposition au génocide dans le territoire israélien, quels sont les principaux acteurs en Palestine qui luttent contre cette attaque ?
En Cisjordanie, il y a des manifestations organisées par de très jeunes gens qui prennent tout simplement la rue pour provoquer des affrontements avec l’armée israélienne et la police ; le mois dernier onze personnes ont été tuées par les forces d’occupation dans ces manifestations.
Les comités de lutte populaire sont à l’origine des manifestations organisées dans les villes et villages mais elles sont très difficiles à organiser et à développer en raison de la politique de l’Autorité palestinienne, qui s’oppose à de telles actions et essaie d’empêcher la solidarité avec Gaza. Lors d’une grande manifestation à Ramallah, avec plus de 15.000 participants, un jeune homme a été tué et trois cents personnes ont été blessées par des balles réelles.
Il y a aussi, évidemment, l’opposition à la destruction et aux tueries qui ont lieu dans la bande de Gaza. Les personnes qui descendent dans la rue sont principalement des Palestiniens vivant en Israël. Surtout au cours des premières semaines des attaques, il y a eu de nombreuses manifestations dans les grandes villes à travers le pays, en particulier dans le nord. Ces protestations ont rassemblé de nombreux participants, pouvant atteindre 2.000 manifestants dans les grandes villes.
Les protestations étaient organisées par des organisations liées pour certaines à des partis politiques, comme Hadash et Balad et d’autres ont été organisées simplement par de jeunes Palestiniens qui ne sont pas nécessairement liés à un quelconque groupe de crétins.
Il y a eu aussi, et il y a encore, des actions de protestation menées par des juifs israéliens, la plupart d’entre elles à Tel-Aviv, les plus radicaux étant ceux (celles) qui sont organisés dans la « Coalition des femmes pour la paix ». Á ces actions ont également concourus des anarchistes, les groupes antifascistes, etc., mais en général, ils n’ont pas été trop nombreux, parvenant seulement à rassembler entre trois cents et six cents participants. Ces manifestations ont à chaque fois été attaquées par des extrémistes de droite qui finissaient par les attaquer violemment.
Á Tel-Aviv il y a eu aussi une grande manifestation organisée par les principales coalitions de gauche comme les « Combattants pour la Paix ».

Une machine de propagande et de guerre qui ne s’arrête jamais

4. Pour un État qui prépare le terreau avant de déclencher une guerre ou avant de se lancer dans des atrocités comme celles-là, un facteur fondamental est la propagande. En ce sens, comment la propagande et la manipulation de l’État d’Israël agissent pour essayer de convaincre la masse des gens que cette guerre est nécessaire ? Quelle est la réaction de la société israélienne quand elle peut vérifier que des hôpitaux et des écoles ont été bombardés et que des centaines d’enfants sont tués ? D’une manière générale, comment la propagande sioniste agit-elle dans la société israélienne ?
La machine de propagande sioniste est quelque chose qui ne s’arrête jamais de travailler et il y a toujours du carburant pour la maintenir active. La situation au cours de cette dernière guerre qui se passe en ce moment, est vraiment désastreuse, en particulier si l’on se réfère à la réaction des Israéliens et à la tolérance zéro pour toute forme de résistance à la guerre.
Le gouvernement n’a pas beaucoup d’effort à faire parce que la plupart des Israéliens sont en fait plus radicaux que le gouvernement et réclament davantage de bombardements sur Gaza jusqu’à ce que le Hamas soit complètement anéanti.
Les Israéliens ne voient pas de réelles informations ou des images sur la bande de Gaza dans les médias grand public, seulement une brève par ci, un clip de quelques secondes par là, expliquant que les militants du Hamas ont été localisés en train de tirer depuis des hôpitaux et des écoles, ce qui donc permet de justifier le bombardement de ces bâtiments.
Il y a très peu de place pour la compassion dans les rues et les gens ne sont pas du tout préoccupés par les massacres de Gaza. Qui plus est, les réactions sur les médias sociaux sont encore pires.
Dans les rues il y a des tonnes de propagande soutenant les braves soldats et les gens s’organisent pour envoyer des repas et des vivres vers la ligne de front.
5. Quels genres d’armes sont utilisés par l’armée israélienne ? Quelle est l’importance de l’industrie militaire en Israël, quelles sont les principales entreprises et qui contrôle ces sociétés ?
L’armée utilise principalement des armes d’attaque : des chars, de l’artillerie lourde, des avions … Pour la défense, il existe un système appelé « Iron Dome » [Dôme de Fer], qui consiste à des lancements de missiles antimissiles pour intercepter ceux que le Hamas lance vers Israël.
Le marché des armes est l’une des principales ressources économiques du pays, principalement pour l’exportation. Certaines des plus grandes entreprises impliquées dans ce marché sont IMI (« Israeli Military Industries Ltd »), Rafael (« Rafael Advanced Defense System Ltd ») et d’autres.

6. En termes de logistique et d’armement, y a-t-il un État étranger qui aide Israël ?

Le principal soutien qu’Israël reçoit dans cette guerre vient du gouvernement des États-Unis sous la forme d’une aide militaire. Le commerce des armes est habituel entre ces deux pays, mais dans cette guerre l’État d’Israël est en train de recevoir une plus grande quantité d’aide en urgence.

7. Pourquoi les autres États arabes ne répondent pas à ce génocide ? Quelle est la raison pour laquelle le monde arabe ne répond pas aux attaques que subissent les Palestiniens ?
Nous ne pouvons pas analyser ce phénomène en profondeur parce que nous ne sommes pas des experts de la politique spécifique arabe. Nous pensons qu’il existe actuellement de nombreux conflits auxquels les Arabes eux-mêmes sont confrontés, comme en Syrie, au Liban, en Égypte, en Irak, … et c’est pourquoi cette question n’est pas une priorité.
L’ensemble des sociétés arabes sur la planète ne soutiennent pas automatiquement et nécessairement la cause palestinienne comme pourrait s’y attendre la société « occidentale ».
Nous ne pensons pas qu’il ne faut pas attendre trop de marques de solidarité par exemple, de l’Égypte ou de la Syrie, quand ces pays traversent eux-mêmes une période cruciale de leur histoire.

La dangereuse montée de l’extrême-droite

8. Avec cette nouvelle attaque, nous constatons une montée des mouvements racistes et fascistes en Israël, qui deviennent de plus en forts et même l’apparition de symboles national-socialistes, pouvez-vous donner votre point de vue à ce sujet ?
Oui, le racisme est quelque chose qui se cristallise et se durcit très fortement dans la rue. Ce phénomène qui prend de l’importance particulièrement ces dernières années, est dirigé par des politiciens fascistes radicaux (membres et ex-membres du parlement israélien). Lors des derniers événements, on a constaté une augmentation spectaculaire de leur puissance, principalement dans les rues, avec des affrontements directs contre les gens qui s’opposent directement ou indirectement à cette guerre.
La première manifestation anti-guerre qui a été appelée par certaines des organisations les plus radicales en Israël, a été attaquée par l’extrême droite israélienne, et s’est terminée avec de nombreux manifestants blessés et hospitalisés. Depuis lors, l’extrême droite est présente à chacune des manifestations contre la guerre, en essayant de nous attaquer violemment.
Certains d’entre eux organisent des groupes comme Flame qui soutiennent la séparation raciale entre Juifs et Arabes et qui sont liés à des attaques violentes contre les Palestiniens, principalement dans la région de Jérusalem contre des piétons, des chauffeurs de taxis, etc.
D’autres groupes utilisent en ce moment les réseaux sociaux pour poursuivre leur expansion, car cela les rend plus difficiles à suivre, et il est clair que cela fonctionne, car ils sont capables de mobiliser des milliers de personnes à travers ces médias pour contrer nos protestations.
Et, bien sûr, il y a le cas de Mohammad Abou-Hadid, un jeune de 16 ans du quartier de Shu’afat (Jérusalem-Est) qui a été enlevé et brûlé vif par trois jeunes juifs en juin dernier.
La montée de l’extrême droite est extrêmement dangereuse, car ils rassemblent beaucoup de gens qui habituellement ne sont pas le genre de personne qui se joindraient à cette activité politique, mais qui, en temps de guerre, sont attirées par ce message.

9. Face à cette situation de guerre et d’occupation, quelle est la solution proposée par AATW et quel serait le scénario « optimal » ?
Dans le mouvement AATW, nous n’avons pas une position politique en ce qui concerne la solution. L’idée principale de notre groupe est de rester actifs dans la solidarité avec la lutte populaire des Palestiniens. Sans pouvoir représenter l’ensemble du groupe, mais depuis un point de vue particulier comme anarchiste, je suis opposé à tous les États. Mais dans la situation actuelle, je peux dire que je soutiens l’idée d’un État unique pour les Palestiniens et les Israéliens. Je m’oppose à l’idée de deux États, parce que cela déboucherait sur une situation encore plus grave, qui deviendrait une occupation économique d’Israël, lui permettant de disposer d’un contrôle total et absolu sur l’État palestinien.

Au-delà de l’auto-détermination…

10. D’un point de vue spécifiquement anarchiste, comment se fait le lien anti-étatiste avec un conflit comme celui-ci, étant donné que la principale exigence palestinienne est de créer un État ?
Oui, il est exact que la principale exigence palestinienne est l’autodétermination et la création d’un État indépendant et souverain. C’est quelque chose que les gens qui, comme nous font partie du mouvement de solidarité, devons respecter (et en particulier les Israéliens, qui sont, en plus, les colons et les occupants). En tant qu’ATTW, nous considérons en ce moment précis qu’il est inutile de discourir sur l’antiétatisme parce qu’il y a des gens qui n’ont même pas un minimum de contrôle sur leur propre vie. Nous parlons de cela dans nos conversations quotidiennes mais, dans l’ensemble, la lutte principale des Palestiniens est pour la création d’un État. Peut-être qu’un jour dans l’avenir nous serons amenés à nous battre au coude à coude contre un État, mais cet avenir semble très lointain quand nous voyons des gens souffrir de l’occupation sioniste.

11. Un aspect majeur dans le contrôle des masses et de la société, est la peur, qui se transforme en un besoin irréel de « sécurité ». Nous supposons que le gouvernement israélien joue aussi avec cet instrument afin d’obtenir le contrôle absolu de la société, non ? Quel est l’effet de la politique de sécurité de l’État d’Israël et comment celle-ci affecte-t-elle les mouvements sociaux ?
Le gouvernement se sert de la peur d’une manière très efficace pour parvenir à ses objectifs. D’un côté, ils permettent une liberté d’expression et de protestation, mais ils veulent que celles-ci soient sous leur contrôle complet. Il y a une loi qui stipule que dans les situations d’urgence, comme la guerre, la police peut restreindre le droit de manifester si un rassemblement dépasse 1000 personnes quand une attaque de missiles est définie comme possible, même sans qu’existe avec certitude une menace d’attaque.
C’est-à-dire qu’il existe l’autorisation de protester mais qu’elle peut être révoquée seulement dans l’heure qui précède. Évidemment qu’ils jouent en permanence avec la sécurité pour disposer d’un contrôle total de tous les aspects, en arrêtant de nombreuses personnes (principalement des militants palestiniens en Israël et en Cisjordanie). L’État connait la faible capacité que nous avons pour mobiliser la population contre la guerre et c’est pourquoi il nous laisse faire des manifestations et lancer des appels. Jusqu’à présent, nous ne subissons pas trop de répression, mais nous sommes surveillés et fichés en tant que militants juifs.

«Le sionisme, le nationalisme et l’impérialisme sont les questions qui commandent la situation en Israël»

12. Le sionisme, le nationalisme et l’impérialisme sont utilisés pour détourner l’attention des vrais problèmes de la société, quels sont les problèmes auxquels la société israélienne est confrontée ?
Ces trois questions (le sionisme, le nationalisme et l’impérialisme) sont celles qui commandent la situation en Israël, mais il est vrai que derrière ces questions, la société fait face à de nombreux autres problèmes liés principalement à la situation économique. Le coût de la vie en Israël est élevé, en particulier dans des villes comme Tel-Aviv ou à Jérusalem, et cela n’est pas compensé par des salaires qui sont très bas. Le taux de chômage selon les chiffres officiels n’est pas élevé, mais quand l’État le calcule, il ne prend pas en compte certains aspects de la société, de sorte que le chiffre est en réalité beaucoup plus élevé. Les classes les plus opprimées sont dans une situation encore pire parce que le système social est dans une situation catastrophique et que les gens souffrent énormément du manque de ressources telles que la sécurité sociale, la santé, etc.
Cette situation avait conduit à une escalade de protestations sociales en 2011 qui ont réussi à mobiliser plus de 500.000 personnes à Tel Aviv. Ce mouvement n’a débouché finalement sur rien parce que les principales organisations qui encourageaient ces mobilisations ont refusé d’établir un lien et une relation directe entre la situation sociale et le fait que l’État était le responsable de l’occupation subie par plus de six millions de Palestiniens.
Un autre aspect qui est très présent dans le discours social est celui sur la participation des juifs orthodoxes à la société. Avec les Palestiniens, ce secteur est le plus pauvre en Israël en raison, en partie du fait qu’il s’agit de familles nombreuses, en partie à cause de leur dépendance vis-à-vis de l’État découlant de leur droit de se consacrer uniquement à l’étude de la Bible en échange d’une allocation. À cet égard, il y a une forte demande de la part des secteurs laïcs de la société pour l’établissement de l’égalité des droits et des devoirs aux uns et aux autres, comme par exemple aller faire son service militaire ou dans d’autres domaines de la société. Mais encore une fois, l’État possède un bouclier important sous la forme de la peur et de la sécurité.

Isoler, Boycotter Israël
Soutenir, participer à la campagne BDS

13. De l’extérieur d’Israël, comment nous pouvons vous aider dans votre lutte ?
Nous pensons que le plus intéressant est de soutenir la campagne BDS [Boycott-Désinvestissement-Sanctions] et de travailler au boycott d’Israël par tous les moyens. Cela peut se faire en mettant la pression sur les États européens qui aident Israël, en explorant les accords et les transactions des entreprises et en les rendant publiques ou en s’opposant à elles par l’intermédiaire des syndicats… Plus cette campagne se répandra, plus forte sera la pression sur Israël. Bien sûr, il est également important de montrer, dans la rue, la solidarité avec la cause palestinienne.
En tant que militants d’AATW et d’autres groupes anarchistes, nous sommes toujours à la recherche de la solidarité d’autres groupes étrangers, surtout en ces temps où nous devons nous opposer à la terrible expansion des groupes fascistes qui commencent à nous cerner de près.

Interview réalisée par le Syndicat des télécommunications et des services informatiques (STSI) de Madrid – CNT-AIT
Source : http://informaticamadrid.cnt.es/articulo/11-08-2014/entrevista-al-colectivo-israeli-anarquistas-contra-el-muro-aatw Traduction : XYZ pour OCLibertaire (Intertitres de OCLibertaire)

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