ESPAGNE : DROIT A L’AVORTEMENT !
(traduction du communiqué de la Confederacion Nacional del Trabajo, publié par la CNT-AIT Clermont-Ferrand)

Pour n’importe quelle femme le droit à l’avortement (dans des conditions sans risques pour sa santé) est un droit indéniable et une décision qui ne regarde qu’elle-même. Cela implique le fait de pouvoir régir sa vie et son corps, librement, sans  questionnement d’ordre social et encore moins religieux. Mais parler de l’avortement soulève d’autres questions qui touchent l’ensemble de la société, et non seulement les femmes, en relation avec la domination que le pouvoir exerce sur nous, en plus d’affecter le développement de nos vies sexuelles et le modèle de société qui serait la notre.

Cela implique un dialogue sur le respect, l’égalité, le droit de décision, le modèle familial, la maternité , la paternité, l’épanouissement sexuel, la planification familiale, ainsi que les méthodes de contraception et bien entendu l’éducation sexuelle. Tous ces thèmes, qui touchent l’ensemble de la société, servent à établir les bases de notre relationnel et à rompre les barrière des genres. Permettre que «d’autres» contrôlent ce droit et décident de mener ou non à terme une grossesse, sous-entend tolérer une contrainte et une domination
inacceptable exercée directement sur la moitié de la population. Cela va bien plus loin que le simple avortement. On nous impose, par exemple, une maternité hétérosexuelle, alors qu’on la refuse à d’autres (gays, lesbiennes, trans…) ou un modèle de famille concret. Ce que veulent les dirigeants qui nous dominent c’est perpétuer une famille patriarcale et hétérosexuelle, maintenir un contrôle et une domination qui les rassurent. Cette idée se trouve renforcée si nous tenons compte du fait que l’épanouissement sexuel est réprimé puisque les gens ne sont éduqués ni sexuellement ni dans le respect de l’égalité, et que dans le cas où une éducation sexuelle minimale existe, cela est encore plus nuisible car elle ne fait que renforcer les idées répressives. L’augmentation des violences machistes entre adolescents devient monnaie courante ainsi que les agressions homophobes. Si nous constatons que ni la prévention des grossesses ni l’éducation sexuelle ne sont une priorité politique et que les moyens de contraception ne sont pas à la portée de toutes les bourses, nous pouvons affirmer qu’avec cette nouvelle loi sur l’avortement, l’État espagnol impose la «maternité» à toute femme enceinte ne désirant pas devenir mère.

Historiquement, ceux qui exercent ou prétendent exercer un pouvoir, les dirigeants, capitalistes ou non, alliés avec tous les religieux, ont toujours voulu contrôler nos corps, notre sexualité et les résultats de son développement. Le sexe, la grossesse, l’avortement, le mariage, le modèle de famille – monogame ou polygame -, l’hétérosexualité… ont toujours été dirigés ou imposés. Pourquoi ont-ils peur de l’épanouissement de nos corps ou de notre sexualité en général et de celui des femmes en particulier ? Se pourrait il que cet épanouissement fasse trembler les bases du système dominant ? S’il est vrai que l’épanouissement d’une vie sexuelle saine, sans entraves, sans dominations, avec des relations basées et fondées sur le respect et la reconnaissance de la différence, est révolutionnaire en soi, elle devient fondamentale pour mener à bien le développement de n’importe quel processus de transformation sociale.

En partant de ce constat, revendiquer l’avortement libre est , pour nous anarchosyndicalistes, indubitable. Nous réclamons le droit, pour toutes et tous, de décider de notre corps et de contrôler nos vies. Réclamer l’avortement libre est fondamental dans la lutte contre tout type de domination et permettrait de profiter de nos corps sans entraves, c’est la voie vers une sexualité libre et respectueuse. Ainsi les hommes et femmes ne souffriraient plus l’aberration d’une maternité ou paternité imposée. Autrement dit d’une famille imposée.

POUR LE DROIT A L’AVORTEMENT LIBRE ET GRATUIT, EN ESPAGNE COMME PARTOUT !