[Dossier comment faire grève] VII. QUELQUES CONSIDÉRATIONS FINALES

Cet article conclut notre dossier sur la grève par quelques considérations sur la légalité, la violence, et l’organisation pendant et après la grève.

Légalisme vs. illégalisme

Il faut user le plus possible de la légalité et éviter ainsi des problèmes de répression éventuelle. Mais nous devons constater que la légalité s’accommode mal de nos intérêts. Souvent, pour satisfaire leurs objectifs, les travailleur.se.s doivent agir illégalement : piquets de grève, occupations, production sauvage… Mais nous devons en analyser froidement les avantages et les répercussions. On se rend très vite compte que la loi légitimée par l’Etat n’est pas neutre et sert l’intérêt de la bourgeoisie.

Partant de l’idée de Bakounine « Le droit n’est que le fait illustré par la force », deviendra légal ce que nous imposerons.

– Violence vs. non-violence

A l’occasion ce n’est pas forcément l’une ou l’autre, ça peut être les deux, un conflit plutôt pacifique avec des poussées violentes et vice versa.

Tantôt un conflit non violent et déterminé peut être efficace, tantôt ce sera le contraire. Une bonne manifestation massive et sage peut être efficace mais une manifestation violente peut l’être tout autant, voir plus. C’est une question de contexte et de choix des gens en lutte.

Toutefois, méfions-nous de la violence et de qui la provoque (si ce sont les grévistes ou les adversaires).

Les anarcho-syndicalistes sont partisans d’un monde sans violence, sans armes tel est leur but.

Hélas, nous constatons que la résistance agressive active des salarié.e.s est légitime face à la violence de la bourgeoisie : exploitations, licenciements, guerres, prisons, pollutions, etc. Plus largement l’auto-défense ou la destruction de biens matériels peuvent-elles être considérées comme de la violence ?

– S’organiser

Nous devons aussi penser le mode d’organisation adéquat pour lutter. Le syndicalisme actuel de gauche défend-t-il réellement les intérêts des travailleurs ou quels autres intérêts ? Est-il adapté à la lutte, la défend-t-il, n’introduit-il pas des modes de concertation, de médiation favorables à la bourgeoisie ? Pacifie-t-il ? Faut-il radicaliser ? Les protections juridiques des « représentants » du personnel sont-elles efficaces ?

Apparemment, vu les centaines d’entre eux qui ont été licenciés, non. De fait, élu ou pas, « protégé » ou pas, participer à des actions illégales vous expose aux licenciements. Donc les protections dans ce cadre ne servent à rien. Pire, essayer de se protéger par les moyens légaux conduit les adeptes de ces pratiques à respecter la loi favorable aux patrons, à ne pas participer aux luttes sortant du cadre légal donc à défendre la légalité bourgeoise, à s’opposer à la lutte.

Jouer le double langage, légaliste en façade et illégaliste dans les faits, n’est souvent pas tenable car les élus syndicaux ou politiques, consciemment ou inconsciemment, sont obligés de défendre le cadre légal donc de le renforcer et de taire leurs critiques pour obtenir les protections légales dues à leur mandat. Surtout que, par la suite, le cadre légal offrant des avantages à l’individu, il devient difficile de le rejeter.

Et puis, n’ayez crainte, si la lutte menace la bourgeoisie, celle-ci saura faire fi des lois et renverra les élu.e.s de toute sorte méditer sur le droit.

– Après la lutte

Quand un mouvement se termine, pour ne pas perdre l’expérience acquise, dans la perspective des luttes futures, il est utile de former un syndicat ou une section syndicale, à condition que ce collectif agisse de manière combative, autonome et autogérée. Quelques personnes suffisent, et la CNT est ouverte à tou.te.s les travailleur.se.s révolutionnaires et anti-autoritaires.