[Lectures] Deux nouveautés

Poste stressante

 

Une entreprise en souffrance

Sébastien Fontenelle, Seuil, 2013, 185 p., 17 euros

 

Le capitalisme n’est pas humain : si affirmer cela n’est pas inventer l’eau chaude, c’est en tout cas la conclusion à laquelle on arrive, encore, après avoir lu Poste stressante ; en effet, ne se contentant pas de démontrer qu’une privatisation de service public, foireuse par essence, est une très mauvaise idée, le journaliste Sébastien Fontenelle démontre ici que concrètement le management tue, en prenant exemple sur ce qu’il se passe à La Poste depuis quelques années. Considérer ses employés comme des robots qui n’ont pas besoin de marges de manœuvre pour exécuter leur tâche est tout simplement nier leur personnalité, c’est refuser de percevoir ce qu’il y a de précieux, fragile, génial et superbe chez un être humain. Cette technique de gestion sociale, pas qu’appliquée à l’intérieur de l’entreprise, est digne d’un crime contre l’Homme.Le toyotisme a encore frappé ! Ce n’est pas une maladie honteuse, c’est une mise à mort délibérée, version radicale du taylorisme mise en œuvre chez Toyota, où le projet de vie du travailleur est l’entreprise, où il doit faire de l’aliénation un chemin lumineux vers l’émancipation, où toutes les activités sont, par exemple, millimétrées, chronométrées. À La Poste, on ne produit pas de voitures et on parle de lean management, mais voyez-vous, ouvrir un dossier, c’est tant de minutes, le remplir, le vérifier, le saisir, c’est tant de minutes. Ça fait donc, si on cumule tout ça, tant de dossiers par jour. Si vous n’y arrivez pas, la hiérarchie se charge de vous remonter les bretelles. Harcèlement du petit chef, placardisation, burn-out, suicide (qui, accessoirement, permet de ne pas payer de prime de licenciement)… À La Poste, les tyrans semblent avoir les mains libres.

Extrêmement documenté, cet édifiant ouvrage s’attaque aussi bien à la girouette PS, tantôt préparant la libéralisation tantôt s’engageant contre la privatisation (ils étaient en campagne électorale, faut les comprendre), qu’au processus de privatisation de La Poste, démantèlement, ouverture de capital, au nom, bien évidemment, de la « nécessaire modernisation », du « changement » pour faire face à la concurrence que l’UE a rendu, bonne excuse, obligatoire…

Un travailleur est avant tout un être humain et ça, ça oblige a des considérations morales, ce dont le capitalisme se fiche éperdument. C’est exactement pour ça qu’il nous faut en terminer avec lui…

 

Les prédateurs du béton

 

Enquête sur la multinationale Vinci

Nicolas de La Casinière, Libertalia, 2013, 103 p., 8 euros

 

Ce petit livre est un vrai manuel, truffé d’arguments pour ne jamais faire confiance à Vinci, groupe de bétonneurs-constructeurs-bitumeurs et activités connexes – et ça ratisse large, les loustics louchant vers tout ce qui ramène des millions. C’est-à- dire, au niveau actuel du capitalisme, beaucoup d’activités humaines, surtout parmi les plus nuisibles. Prisons, autoroutes, stades, immeubles de bureaux, parkings payants, aéroports… Vinci gère les gens, de fait, mais comme un flux informe, conforme et uniforme. Créé seulement en 2000, le déjà numéro 3 mondial du BTP est bien une entreprise de son temps : c’est en fait un réseau de PME affichant le logo Vinci et lui reversant chacune 6% de leurs chiffres d’affaire, et se débrouillant pour que la précarité exploitée et les contournement du droit du travail, ça se passe chez ses sous-traitants. Fausse fédération, slogans humanistes, pseudo responsabilité sociale, projets prétendus écologiques… C’est pas parce qu’on donne dans le béton plutôt que dans le high-tech qu’on est ringard ! Utile à Notre-Dame-des-Landes, Les prédateurs du béton l’est aussi pour comprendre ce « nouvel esprit du capitalisme » qui ravage le monde depuis les années 1970.

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