[Université] LOI FIORASO: La Gauche à l’assaut du service public d’enseignement et de recherche

cnt-fte-84da7LOI FIORASO: LA GAUCHE À L’ASSAUT DU SERVICE PUBLIC D’ENSEIGNEMENT ET DE RECHERCHE

 Cette loi soumet les facs, les étudiant-e-s et personnels à l’Etat et au patronat, à l’austérité et à la précarité. Morceaux choisis et commentés.

Un contrôle politique sur l’enseignement et la recherche

– Une « stratégie nationale de l’enseignement supérieur » et une « stratégie nationale de recherche », « cohérence de la stratégie nationale avec celle élaborée dans le cadre de l’Union européenne » (art.3, 11, 12), établie par un « Conseil stratégique de la recherche » (art.53) composé d’un ministre, un député et un sénateur : cette tutelle politique est inacceptable, la stratégie de l’UE est la destruction du service public et la marchandisation de l’éducation et de la recherche (Processus de Bologne). On n’en veut pas, les facs doivent être libres de leurs choix pédagogiques.

 – Création d’un « Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur » (art.49, 50, 51, 52), nommé par décret : on renomme l’Agence nationale pour l’évaluation de la recherche scientifique (AERS), créée par le gouvernement précédent pour contrôler et sanctionner le travail des enseignant-e-s et chercheur-euse-s. Le nom change, mais on garde la précarisation, la marchandisation et la mise en concurrence de l’enseignement et de la recherche.

Les facs au service du profit

– Les facs ont pour mission de contribuer « à la croissance et à la compétitivité de l’économie et à la réalisation d’une politique de l’emploi prenant en compte les besoins des secteurs économiques » et « à l’attractivité du territoire national » (art. 4), elles doivent organiser « le transfert des résultats obtenus vers les secteurs socio-économiques », et fournir « expertise et appui aux politiques publiques » (art.7, 10, 55) : nous voulons un service public d’enseignement et de recherche, un savoir libre et émancipateur pour tous-te-s, et non pas au service de l’Etat et du patronat. Ils imposent aux facs d’être rentables : la connaissance ne doit pas être subordonnée au profit.

– « Enseignements sous forme numérique » (art.16) : comme partout, la technologie colonise peu à peu la vie sociale, mais toujours « dans les conditions définies par la législation sur la propriété intellectuelle » (art.16).

– L’augmentation du nombre de « personnalités extérieures » dans les conseils (art.26), et leur participation à l’élection du président est inacceptable : patrons et politiciens, hors de nos facs!

Un replâtrage qui ne règle aucun problème, au contraire

 – « Spécialisation progressive des études » (art.17), quotas pour les bacheliers professionnels et technologiques (art.18), dérogations pour l’admission dans les études médicales (art.22) : ça ne résout rien, c’est du replâtrage.

– Le passage de « l’habilitation » à « l’accréditation » des établissements par le ministère (art.20, 21) vise à réduire le nombre de mentions, spécialités et parcours proposés : pour nous cette diversité est une richesse, les choix pédagogiques des facs doivent être libres, sans uniformisation par le haut.

– Création dans chaque université d’un « Conseil académique » regroupant le conseil scientifique et le conseil des études et de la vie universitaire (art.24, 27, 28, 29, 30, 33, 34, 58): de toute manière ces conseils sont une parodie de démocratie, les représentant-e-s ne sont pas sur un pied d’égalité, ils et elles ne représentent qu’ell.eux mêmes, et les décisions sont déjà prises. Remanier les quotas de représentation (art.26) ou les modes de scrutin (art.37) n’y changera rien, boycottons ces instances bureaucratiques. Nous n’avons pas besoin de dirigeant-e-s, nous voulons l’autogestion des facs par cell.eux qui y travaillent et qui y étudient.

– « Fusions d’établissements » et « communautés universitaires » (art.38) : comme le montrent les exemples de Strasbourg et de Lorraine, avec le projet d’établissement universitaire unique Bourgogne-Franche-Comté, c’est la mort annoncée de plusieurs filières (les moins rentables, surtout à Besançon), la dégradation des conditions d’études et de travail, une université encore plus bureaucratique, et davantage de sélection sociale. Les conséquences se font déjà sentir dans les formations fusionnées.

– La régionalisation annoncée aboutira à un désengagement financier de l’Etat, à une augmentation des inégalités entre facs et à une mise en concurrence.

– Le « pacte pour la recherche » et la « mastérisation » de la formation des enseignants, adoptés par le gouvernement précédent et durement critiqués pour leurs effets néfastes, sont confirmés. Les pouvoirs (et les salaires) démesurés des président-e-s d’universités ne sont pas remis en cause.

 Et pendant ce temps, les conséquences de la LRU et de l’austérité se font durement sentir : locaux dégradés, fermetures de diplômes et de groupes de travaux dirigés, manque cruel de moyens et de personnel, recours massif aux contrats précaires, paupérisation étudiante face à la hausse du coût de la vie… la liste est longue.

ROMPRE AVEC CETTE LOGIQUE

Les raisons ne manquent pas pour s’opposer à cette loi, et pour demander l’abrogation des précédentes. Rappelons que toutes les réformes tirent leur origine des accords européens nommés « processus Bologne » (1999) et « stratégie de Lisbonne » (2000), approuvés par les gouvernements « socialistes » de l’époque, en vue de rendre l’enseignement et la recherche plus « compétitifs », c’est-à-dire plus capitalistes. Plus que telle ou telle loi, c’est à cette logique marchande qu’il faut s’opposer, dans nos facs comme partout. Pour les travailleur-euse-s, elle se présente notamment sous la forme des récents accords compétitivité-emploi, véritable diktat patronal. C’est de la solidarité, de la convergence des luttes, de l’action directe et de l’auto-organisation que pourra naître une rupture radicale avec cette logique, c’est cela que nous voulons développer.

Syndicat interprofessionnel CNT 25

 

Le tract en pdf