[ Solidarité internationale] 13 décembre : Grève générale annulée en Tunisie.

13 décembre : Grève générale annulée en Tunisie

Mardi 4 décembre, le siège du principal syndicat tunisien, l’Union générale des travailleurs de Tunisie (UGTT), a été attaqué par la milice islamiste pro-gouvernementale Ligue de protection de la révolution, le jour même où elle commémorait le 60ème anniversaire de l’assassinat d’un de ses dirigeants, Farhat Hached, à quelques jours du deuxième anniversaire de la révolution. L’attaque a fait plusieurs blessés. La centrale appellait à une journée de grève générale jeudi 13 décembre pour protester et demander la dissolution de cette milice, tandis que quatre régions (Sidi Bouzid, Kasserine, Sfax, Gafsa, régions pauvres où le mouvement révolutionnaire était particulièrement fort) s’étaient mises spontanément en grève dès le jeudi 7 décembre.
Ces événements surviennent dans un contexte de tensions et violences opposant la bureaucratie de l’UGTT (qui était l’un des piliers du régime Ben Ali mais a précipité sa chute sous la pression de la base) et Enahda, parti religieux et réactionnaire au pouvoir. En parallèle la colère sociale est toujours très forte, les grèves et soulèvements sont fréquents (voir notamment les événements récents à Silana, dans le Sud Ouest), tant les classes populaires se rendent compte que le « changement » de régime n’a pas résolu les problèmes (répression policière, corruption, inégalités, chômage, misère, absence de liberté…) qui les ont poussé à se révolter il y a presque deux ans. Ils/elles prennent conscience que des politiciens  leur ont volé leur révolution, et adressent au nouveau pouvoir le même message qu’à l’ancien : « Dégage ! » D’un autre côté les exactions commises par des groupes salafistes augmentent également.
Dans son histoire l’UGTT n’a appelé que deux fois à une journée de grève générale : en 1978 et en Janvier 2011 (deux jours avant la chute du régime). Il existe aussi un autre syndicat, la Confédération générale des travailleurs tunisiens (CGTT), créée en 2006, moins compromise avec l’ancien régime, plus démocratique et combative, elle n’a cependant pas rompu avec le modèle dominant du syndicalisme : « partenariat » social (cogestion), réformisme, quête de représentativité, revendication démocratique sans remise en cause du libéralisme économique, bureaucratie. Loin d’être parfaites, l’UGTT, la CGTT et leurs sections sont néanmoins
l’outil de nombreux-ses travailleur-euses pour la défense de leurs intérêts, la poursuite de la révolution.

A la suite de négociations l’UGTT et le gouvernement sont parvenus à un accord, et l’UGTT a annulé la grève, en échange de promesses (de s’excuser, de « condamner la violence » et de constituer une « commission d’enquête »). Pendant ce temps une manifestation pour le maintien de la grève se tenait devant le siège de la centrale, et parmi elle un cortège anarchiste, qui appelait à la désobéissance civile.

La bourgeoisie tunisienne a préféré s’allier aux religieux plutôt que de laisser se poursuivre la révolution, aujourd’hui c’est la bureaucratie syndicale qui a montré qu’elle préfère une « coexistence pacifique », un « dialogue social » ponctué de coups de bluffs, plutôt que de laisser éclater une révolte qui la balayerait elle aussi. Par ces négociations, par sa posture « ouverte » et « responsable », l’UGTT se présente au gouvernement et à la bourgeoisie comme le meilleur moyen pour atténuer et détourner la colère des travailleur-euses, à l’image de toutes les grandes centrales syndicales du monde. Dans une démarche politicienne, elle cherche à renforcer son pouvoir au sein du régime.

Pour nous un syndicat doit faire exactement l’inverse, permettre aux exploitéEs de s’organiser pour transformer leur colère en force collective, autonome et révolutionnaire.
Soyons solidaires des travailleur-euses en lutte contre le fondamentalisme religieux, et refusons l’agression de syndicalistes par quelque pouvoir que ce soit. Rappelons qu’en France les catholiques intégristes, qui ne valent pas mieux, passent eux aussi à l’offensive : contestation du libre accès à la contraception et à l’avortement, de l’égalité des droits, lynchage de féministes et d’homosexuel-les… Plus généralement, les religions ont toujours et partout été les soutiens infaillibles des classes dirigeantes et de leurs crimes.

En Tunisie, en France, dans le monde : Grève générale ! A bas toutes les églises ! Vive la Liberté ! Vive la Révolution ! Solidarité internationale !

Syndicat interprofessionnel CNT 25