[International] Les anarcho-syndicalistes de la CNT espagnole dans la grève générale du 29 mars

(D’après les informations publiées sur le site http://cnt.es/)

Ces quelques infos sont bien sûr loin d’être exhaustives, et ne rendent pas compte de l’ensemble de ce mouvement de grève, qui a été particulièrement suivi. Ainsi, ce court bilan ne reflète pas du tout la répression, qui fut assez féroce, ni les actions menées par l’ensemble des travailleurs, syndiqués ou non. De même, c’est ailleurs qu’il faudra chercher des informations sur la grève dans les petites villes et zones rurales.

Pour commencer quelques remarques synthétiques :

– Cette grève est un succès au sens où elle a été massivement suivie, dans tous les secteurs, bien plus que ne l’admettent le gouvernement et les médias dominants.

– La journée de grève générale a été préparée en amont, par un effort de propagande et d’organisation d’assemblées. Les actions collectives ont souvent commencé la veille, et les piquets (généralement bloquants ou filtrants) ont été tenus tout au long de la nuit du 28 au 29.

– On constate que pour rendre la grève effective il faut souvent une intervention militante directe (venir fermer la boite ou appeler les travailleurs à la grève de vive voix) sans laquelle les pressions médiatiques, étatiques et surtout patronales parviennent à dissuader une partie du personnel de faire grève.

– L’union avec les syndicats alternatifs (dont la CGT « rouge et noire ») n’a pas été systématique ou proclamée au sommet, elle a été réalisée (ou pas) à la base, au niveau des villes ou des entreprises selon les cas, et a revêtu des formes et des degrés divers.

– Quoi qu’il en soit, force est de constater que la section espagnole de l’AIT est loin d’être l’organisation sectaire et coupée du monde que décrivent ses adversaires. Au contraire, le modèle syndical radicalement différent qu’elle défend (sans permanents, délégués ni subventions) agrège autour d’elle une fraction non-négligeable du mouvement des travailleurs.

– En revanche, les impressionnants cortèges « rouges et noirs » de Madrid et Barcelone ne doivent pas masquer le fait que l’anarcho-syndicalisme reste une pratique minoritaire face aux centrales plus ou moins enfoncées dans la bureaucratie et l’intégration à la gestion du système. Par ailleurs la CNT n’est pas à l’abri de ces dérives.

Andalousie

Séville (405 000 hab.)

– piquets CNT concentrés sur l’hôtellerie et le commerce

– tournée des entreprises ouvertes pour appeler les travailleurs à la grève

– affrontement sur un piquet provoqué par la police

– entreprises fermées par les militants, parfois à la demande des salariés

– manif CNT/CGT/SAT (Sindicato Andaluz de Trabajadores)/USTEA (syndicat alternatif andalous)/15M (« indignés ») et partis d’extrême gauche (participation nombreuse)

Cordoue (325 000 hab.)

– piquets mobiles CNT devant plusieurs supermarchés et banques

– piquets unitaires, blocage du dépôt de bus chargé par la police

– « bloc critique » nombreux dans la manif unitaire

Grenade (237 000 hab.)

– plusieurs piquets CNT, blocage d’entreprises en conflit avec la CNT (dont les supermarchés Mercadona)

– manif CNT : 600 pers., fermeture d’entreprises sur le parcours de la manif. Assemblée populaire dans un quartier ouvrier

Jaén (117 000 habitants) :

– piquets CNT bloquant l’activité d’une zone commerciale, et devant divers supermarchés

– piquet CNT/SAT devant la sécurité sociale

– manif CGT/CNT/SAT/USO (Union sindical obrera, troisième syndicat espagnol)

– le soir rassemblement devant le siège du PP puis de la confédération patronale

Sanlúcar de Barrameda (64 000 hab.)

– assemblées populaires hebdomadaires auparavant

– manif CNT/SAT : 3 000 pers.

– picquets CNT et blocages, avec des « indignés », des membres du SAT et des CCOO et des non-encartés

– Assemblée-meeting CNT : 200 pers.

Castille et Leon

Valladolid (318 000 hab.)

– piquets CNT dès la nuit dans plusieurs zones industrielles, piquet mobile faisant le tour des usines et services publics. Piquets CNT/CGT

– blocage de l’imprimerie d’un quotidien régional

– piquet UGT/CCOO/CNT au dépôt des bus urbains

– rassemblement CNT devant le pôle emploi

– manifestation unitaire : 50 000 pers., dont 2 000 dans le cortège CNT

– meeting commun CNT/CGT/Bloque obrero (communistes)/Assemblée des étudiants

Salamanque (159 000 hab.)

– piquets CNT au centre ville et dans plusieurs entreprises dès la veille (et la nuit), puis dans les facs et devant un magasin Carrefour, quelques affrontements avec la police et des jaunes, une zone d’activités barricadée

– blocage de plusieurs axes routiers

– manif CNT (rejointe par des membres de l’UGT et des CCOO) la veille et le matin : 3 000 pers. dans les deux, fermeture de commerces non-grévistes par les manifestants

– blocage d’un magasin Corte Inglés

– manif unitaire : 15 à 20 000 pers, bloc CNT : 500 pers.

Burgos (178 000 hab.)

– piquets unitaires CNT/CGT/UGT/CCOO/15M/libertaires

– blocage du service minimum des bus

– violences policières

– les piquets CNT/CGT décident de marcher vers le commissariat pour libérer les camarades

Cantabrie

Santander (183 000 hab)

– piquets CNT/CGT dans les gares et dépôts de bus

– fermeture militante de supermarchés

– le cortège CNT/CGT (800 pers.) se sépare de la manif unitaire

Torrelavega (56 000 hab.)

– une camarade blessée (poignardée) par un patron lors d’un piquet devant un hôtel

– grève suivie à près de 100% dans tous les secteurs

– piquets CNT et unitaires

– manif : 2 500 à 3 000 pers., bloc CNT : plusieurs centaines

Madrid (3 413 000 hab.) et son agglomération

– minuit : manif CNT/Assemblée populaire (issue du mouvement 15M) et autres collectifs

– nombreux piquets CNT, tournée des entreprises des zone industrielles de Villaverde, Getafe et Los Angeles, quasi-paralysées. Charges policières, blessés et arrestations.

– piquets CNT/CGT dans plusieurs entreprises

– blocage d’une autoroute

– piquet unitaire au dépôt de bus (400 pers.)

– manif CNT/CGT/Solidaridad obrera/Sindicato asembleario de sanidad/15M et autres collectifs : 50 000 pers.

Catalogne

Barcelone (Catalogne, 1 622 000 hab.)

– plusieurs piquets CNT puis piquet unitaire place Catalunya, puis piquets mobiles dans le centre ville

– manif CNT (les deux, y’a eu une scission)/CGT : 20 000 pers. Les flics ont dissout la manif par la force alors qu’elle tentait de rejoindre la manif unitaire

 L’Hospitalet de Llobregat (Catalogne, 257 000 hab.)

– piquets mobiles CNT/15M devant des supermarchés pour les faire fermer

– la CNT envisage d’appeler à un boycott local des entreprises restées ouvertes

Valence (796 000 hab.)

– grève suivie à 75%

– piquets CNT dans la principale zone commerciale (300 pers.)

– piquets volants mais la plupart des entreprises sont déjà bloquées

– manif : 200 000 pers.

Camp de Morvedre (communauté autonome de Valence, 82 000 hab.)

– piquets CNT et « bloc critique » (CNT/CGT/Coordinadora sindical obrera/15M/Jovenes sin futuro)

– blocage de rond-points

– manif regroupée à Valence

Guadalajara (Castille la Manche, 81 000 hab.)

– piquets organisés avec « indignés » et autres collectifs, donnant lieu à des affrontements avec la police

– manif : 8 000 pers.

Malaga (Malaga, 568 000 hab.)

– le « bloc critique » (1 000 pers.) se sépare de la manif et se transforme en piquet mobile, fermant plusieurs entreprises, et termine par une brève occupation de la gare.

Saragosse (Aragon, 701 000 hab.)

– piquets CNT, fermeture d’entreprises

– rassemblement des syndicats rouges et noirs/alternatifs le matin

-manif : 15 000 pers.

Cartagena (Murcie, 214 000 hab.)

– piquets

– cortège CNT (200 pers.) dans la manif unitaire

Bilbao (Euskal Herria, 353 000 hab.)

– piquet CNT (100 pers.) devant El Corte Inglés, rejoint par d’autres syndicalistes

Levant (région)

– cortèges libertaires (sans la CGT) dans les manifestations

 Même genre de participation à Mérida, Badajoz et Cacerés (Extrémadure), Aranjuez (communauté autonome de Madrid), Margen Izquierda, Durango, Donostia, Gasteiz, Irun (pays basque), aux Canaries, et en fait à peu près partout.