Article de Charlie Hebdo sur la CNT (N°892 du 22 juillet 2009)

Voilà le nouveau danger, les nouveaux loups qui menacent la République. Ils sont environ 5000, ils n’hésitent pas à en découdre avec les forces de l’ordre si nécessaire, et, n’en doutons pas, ils vont faire trembler l’État!

Eux, c’est ceux de Vignoles. On dit « les Vignoles ». du nom de la rue du XXe où ils se sont installés. Les Vignoles, donc, mettent la police sur les dents. Ils seraient partout, plus nombreux, bien plus nombreux qu’on ne l’imagine, gangrèneraient les manifs les plus pacifiques, seraient derrière les mouvements les plus « extrémistes ». Pas plus tard que le 13 juillet dernier, les forces de l’ordre les ont rendus responsables des heurts violents survenus à Montreuil lors de l’évacuation d’un squat. Diantre. Voilà qui vaut une petite explication.
Les Vignoles. c’est en fait la CNT, Confédération nationale du travail, fondée en 1946 par des militants espagnols en exil de la Confederacion Nacional del Ttabajo. L’organisation est syndicale, l’objectif reste encore aujourd’hui le communisme libertaire. La CNT connaît diverses scissions et demeure assez largement groupusculaire jusque dans les années 90.

La bombe de la grève générale
Paradoxalement, l’année 1993, qui voit le mouvement connaître une nouvelle et importante scission, est aussi celle du renouveau. Unité de la CNT se fracasse sur la délicate question des élections professionnelles faut-il ou non y participer pour s’implanter dans des entreprises où la situation des salariés est tendue, précaire, marquée par la violence ? Pourquoi pas, répond une partie de l’organisation, qui ne s’inter dit pas non plus des actions au sein d’intersyndicales, tandis que l’autre campe sur une position de non-partici. pation absolue. Le point de divergence est tout sauf anecdotique, et se traduit par l’exclusion des « participationnistes ». Il y a donc désormais les « Vignoles » et la CNT-AIT.
Exclus, les Vignoles développent leurs liens avec d’autres syndicats européens proches de leurs idées, comme la CGT espagnole ou la SAC suédoise. Ils sont également très proches des SCALP (Section carrément anti-Le Pen) depuis le milieu des années 8o et s’impliquent fortement dans le mouvement de soutien aux sans-papiers. Leurs choix leur réussissent plutôt sur le plan de l’audience, puisque c’est précisément dans ces années-là que la CNT attire pas mal de jeunes et de nouuveaux militants, à travers le combat contre le CIP du gouvernement Balladur (1994), le mouvement contre la réforme Juppé (1995) ou encore la mobilisation contre le CPE (2006) ou la loi d’autonomie des universités, dite loi LRU (2008). Implantée sur tout le territoire, la CNT est présente dans le monde de l’éducation, écoutée des étudiants, des chercheurs, des lycéens et des salariés de université.
La CNT fait-elle l’apologie dé la violence ? L’« action directe », revendiquée par la CNT, c’est la grève générale, dont les anarchistes s’étaient faits les apôtres juste avant la Première Guerre mondiale, le boycott, le sabotage. mais aussi les grèves gestionnaires, comme celle de Lip, véritable référence de la pensée politique anarchiste. La violence n’est pas mythifiée, elle fait simplement partie des moyens de lutte.
À tous ceux qui gobent le discours du moment sur le « danger anarchiste » (après « le danger NPA »!), on rappellera que, de tous les mouvements sociaux et politiques qui ont traversé le siècle, il n’en existe pas un qui ait été moins meurtrier…

ANNE-SOPHIE MERCIER

note du blog : l’article est livré ici tel quel et représente l’avis de son auteure, néanmoins nous invitons le lecteur qui souhaiterai avoir une vision plus précise de ce qu’est la CNT à lire les articles de la page « La CNT c’est quoi ? » du présent blog

Source : http://www.cnt69.org (lien mort 01/2015)