Pôl(ic)e Emploi : traque le chômeur et livre l’étranger !

Voici le genre de situations que les juristes de la CIMADE rencontrent :

Dans un Centre de Rétention Administratif (CRA), à quelques dizaines de kilomètres de Besançon :

« Un mec tunisien qui vient d’arriver. Un gars sérieux, en France depuis 10 ans, des études super poussées, DESS, DEA, Doctorat… OQTF (obligation de quitter le territoire français) contestée, TA (tribunal administratif) pas encore audiencé.

Ce matin, l’ANPE l’appelle pour « un suivi ». Tiens, c’est gentil, ça, de s’inquiéter pour lui, de savoir s’il a trouvé du travail, tout ça. La gentille dame lui pose plein de questions sur son parcours, sa famille… Qu’est-ce qu’elle est gentille cette dame, elle écoute toute son histoire sur sa famille, elle s’intéresse vraiment à lui. A la fin de l’entretien, la gentille dame l’accompagne jusque dehors. Qu’est-ce qu’elle est gentille, dites donc. Elle l’accompagne… jusque dans les bras des policiers qui l’arrêtent et l’emmènent au CRA. Ils sont vraiment gentils à l’ANPE. »

Ou encore dans un autre CRA, un homme « arrêté au pôle emploi, sur rdv ; mais j’ai pu avoir plus d’infos sur les conditions d’arrestation, ce qui est sur c’est que les flics ont débarqué en civil quelques secondes après son entrée dans le bureau du pôle emploi. Ce gars a été licencié (il venait au pôle emploi pour le chômage) car il a piqué 3 bonbons dans un paquet qui traînait sur un bureau (il fait des ménages) et un des salariés de la boite l’a vu … et l’a dénoncé. Il devait avoir une audience aux prud’hommes lundi ; audience reportée pour cause de rétention … et le sort s’acharne un peu car son OQTF lui a été notifiée en GAV (garde à vue) mais il a quand même été placé en rétention. Ah et j’allais oublier : il a fui la Mauritanie car il était esclave, depuis plus de 9 ans… »

Et voici ce qu’on apprend de source interne :

« Je travaille au Pôle Emploi (conseillère ex-Anpe) et je suis au courant de ce genre de pratiques (dénoncé d’ailleurs par les syndicats internes). En gros, voilà comment cela se passe : ce sont toujours les forces de l’ordre qui demandent à ce que Monsieur ou Madame Untel soit convoqué au Pôle Emploi pour un entretien de suivi. Si la personne se pointe au rdv, elle sera donc interpellée après l’entretien. Le ou la conseillère qui a en charge le dossier du demandeur en question a donc l’obligation de le convoquer.

De plus en plus les conseillers du Pôle Emploi sont « mandatés » pour surveiller les « fraudeurs » (une note interne nous demande d’ailleurs depuis peu de vérifier les pièces d’identité – pour pouvoir s’inscrire, le demandeur doit prouver son identité…c’est pas nouveau…mais depuis la fusion Anpe-Assedic, on nous demande maintenant de passer la carte dans une machine, à l’abri du regard du demandeur bien sûr, et en cas de doute, une fiche doit être envoyée à la préfecture). Certains conseillers sont pour cette pratique, mais beaucoup la jugent excessive. »

Voici donc les méthodes employées de nos jours dans la France-UMP. Et voici l’un des secteurs d’application d’une politique xénophobe d’Etat, entre zèle et obéissance aux directives hiérarchiques.

Pour rappel, l’objectif chiffré 2009 est de 26 000 expulsions d’humains (3 000 de plus qu’en 2008) : au rythme des 6 premiers mois de l’année, le quota pourrait être encore dépassé. Le culte du résultat ne s’encombre pas de principes : après les rafles devant les centres Croix-Rouge ou à la sortie des Resto du Cœur, après l’appel à la délation et la criminalisation de la Solidarité, l’Etat-Policier organise la collaboration institutionnelle des services publics (qu’il démantèle et détourne).

Malgré la propagande du régime, l’injustifiable reste injustifiable. Et la première réponse aux donneurs d’ordre dans un tel contexte est la désobéissance.

® Aux agents du Pôle Emploi et d’ailleurs : utilisez votre droit de grève, usez de votre devoir de solidarité et refusez le déshonneur ; discutez et positionnez-vous clairement en AG de travailleurs sur les missions qu’on vous impose, leur instrumentalisation politique et leurs conséquences.

® Aux usagers avec ou sans papiers : méfiez-vous des agents qui se présentent en aides et en conseils, car derrière le costume se cache l’uniforme !

Tract

Ni flics Ni délateurs

avec les travailleur(se)s sans papiers

Seul la lutte paie

pol(ic)e emploi

CNT25

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