Black Bloc?

« Black bloc » quel est ce nom étrange que l’on voit apparaître de plus en plus dans la presse (qu’elle soit écrite, télévisuelle ou internet) lors des sommets altermondialistes, antimilitaristes.., de grosses mobilisations sociales, etc. et qui est généralement associé aux « casseurs » ou aux « hooligans »?

 

… on ne les voit que lorsqu’on a peur d’eux […]

faudrait pas oublier qu’ça descend dans la rue…

Léo Ferré, Les Anarchistes

 

Un mythe largement répandu voudrait qu’il n’existe qu’UN black bloc qui serait une organisation permanente, aux ramifications internationales participant aux manifestations d’opposition à la mondialisation du capitalisme. Or la réalité est toute autre: un black bloc – car on ne peut parler que d’un black bloc parmi d’autres – est un regroupement éphémère et ponctuel d’individus, constitué pour le temps d’une manifestation. Ces individus sont en général vêtuEs de noir, le plus souvent portant des cagoules ou au minimum masquéEs… et ce n’est pas pour faire peur dans la manif, ce n’est pas une question de style non plus. Traditionnellement, le noir est la couleur des libertaires de toutes tendances et le fait que touTEs les membres du black bloc portent du noir est une protection, ilLEs apparaissent touTEs pareilLEs face aux forces répressives de l’Etat, préservent leur anonymat et freinent ainsi le travail d’observation et de fichage des manifestantEs (manifestations filmées par la police et par la presse) et les arrestations.

Le fonctionnement autogéré d’un black bloc: pas de chef, pas d’ordre, mais des décisions prises touTEs ensemble ou au sein de groupes affinitaires est aussi révélateur de leur tendance libertaire, anarchiste.

 

De plus, contrairement à ce qui est véhiculé par la presse de masse (à la solde des puissants) et par les politiciens, les policiers ou les organisations sociale-démocrates du mouvement altermondialiste, les membres d’un Black bloc ne sont ni des « casseurs dépolitisés », ni des « extrémistes » ou « jeunes excités » qui ne veulent que détruire et sont ultra-violents.

L’origine des Black blocs indique que ce type d’action participe à un mouvement politique ancré dans l’histoire : le recours à la tactique du Black bloc remonte aux années 1980 à Berlin dans les mouvements autonomes (issus de l’extrême-gauche italienne des années 1960). Un des objectifs premiers des Black blocs est de manifester une critique radicale du système économique et le recours à la « violence » ou à la force , qui n’a pas lieu à chaque fois, ne s’applique que contre les vitrines extérieures du capitalisme, les symboles de l’Etat et de sa répression et donc le cas échéant – puisqu’ils protègent les intérêts du capital – contre les forces de l’ordre. La casse n’est pas cherchée à tout prix et quand il y en a, elle est ciblée; de plus un Black bloc étant éphémère, il est à chaque fois constitué de personnes différentes qui agissent de diverses manières. Il arrive que le Black bloc participe au service de protection des manifestantEs, à l’équipe médicale en cas d’affrontements et de blésséEs… à aucun moment son rôle dans un rassemblement ne peut être prévisible, bien qu’il puisse être préparé !

 

Un Black bloc ne cherche pas à faire peur aux manifestantES que ce soit pas son apparence ou ses actions, il a souvent un rôle de protection, une de leur tactique étant en cas de grande tensions ou d’affrontement de se placer entre la police et les manifestantEs pour leur permettre de se replier, de ne pas se faire matraquer, gazer, etc. Leur mode d’action est certes différent de ce qu’on voit généralement en manif mais ces modes d’action se complètent. Toutes les tactiques de lutte peuvent et doivent cohabiter, l’  « ennemi » n’est pas celui qui lutte à nos côtés, même à sa manière.

 

S’il n’y a pas de lutte, il n’y a pas de progrès. Ceux qui prétendent favoriser la liberté mais qui désapprouvent l’agitation, ceux-là veulent des récoltes sans labourer la terre. Ils veulent la pluie sans le tonnerre ni la foudre. Ils veulent l’océan sans son grondement épouvantable. La lutte peut être morale, ou elle peut être physique, ou elle peut être morale et physique à la fois; mais il faut une lutte. Le pouvoir ne concède rien sans revendications. Il ne l’a jamais fait et il ne le fera jamais.

Frederick Douglas, fils d’un esclave et militant contre l’esclavagisme (1818-1895)

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